interview

HOOD:
"C'est là où ça fait mal"
Gloria / Bruxelles / mai 2002
photo de concert: Cristina
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Richard Adams, co-leader de Hood, accepte de répondre à quelques questions à
l'occasion de la participation du groupe au festival StuBru PuntUit. Nous entrons donc
dans une petite salle à l'intérieur de Recyclart, sorte de back stage de la femme de
ménage, pleine de casiers de bouteilles d'orangeade. On s'assoit, je lui donne une carte
de visite du webzine. Il regarde attentivement la liste de musiciens repris sur le petit
bout de carton et s'exclame avec joie: "Il y a Richard Youngs!". Et
cest ainsi, dans la bonne humeur, que nous entamons la discussion avec un de groupes
le plus talentueusement tristes qui habitent le sous-sol de l'indie britannique depuis le
début des années nonante. Vous venez de finir une tournée dun mois aux Etats
Unis. Là-bas, vous avez rencontré les membres du groupe de hip hop cLOUDDEAD, avec qui
vous aviez collaboré par la poste pour l'enregistrement de votre dernier disque,
"Cold house". Comment s'est déroulée cette expérience?
- Très bien! Nous navions jamais fait une si longue tournée et à la fin ça
devenait un peu fatigant. Mais nous nous sommes beaucoup amusés et nous avons rencontré
des gens très sympathiques. En ce qui concerne Clouddead, ce fut très bizarre de les
rencontrer en personne! Mais ce sont vraiment de chouettes personnes, et ils ont été
très gentils avec nous. Nous avons fait dix concerts ensemble; à chaque fois ils sont
venus chanter sur trois de nos morceaux et Chris a joué de la guitare avec eux.
Vous avez donc donné des concerts devant un public hip hop?
- Oui, quelques-uns uns. Au début javais très peur de me retrouver devant des fans
hardcore de hip hop qui nallaient rien comprendre à la musique à guitares, mais
tout cest très bien passé. Ces jeunes étaient très ouverts desprit, ils
ont vraiment apprécié. Certains sont même venus nous dire après le concert que,
quoiquils navaient jamais entendu parler de nous, ça leur avait beaucoup plu.
Ce fut très encourageant.
Avez-vous prévu de continuer à travailler avec CLOUDDEAD?
- Il y a aura peut-être des remixes, mais je nen suis pas sûr. Il a été question
aussi d'un autre projet de vraie collaboration, mais nous nen avons pas encore
discuté sérieusement.
Sur scène, vous aimez vous accompagner d'images. A une époque vous projetiez des
diapositives, maintenant ce sont des films. La photographie semble d'ailleurs très
importante pour Hood, puisque presque toutes vos pochettes sont des photos, et vous avez
même publié récemment un 7" dont chaque exemplaire a une photo différente.
- Les films projetés sont des films Super 8 de Dave, le batteur. On trouve quils
saccordent très bien avec la musique, et qu'ils apportent un plus pour celui qui
assiste au concert. Quant à la photographie, oui, nous nous y intéressons tous, quoique
dune façon très amateur. On se promène, on prend lappareil et on fait
"clic!". Chris et Steve sont les seuls à le faire avec un peu plus de sérieux.
La pochette du 7", c'était juste une idée pour faire parvenir aux gens toutes ces
photos dont on ne savait pas trop quoi faire.
Les images en général représentent aussi pour vous un moyen de faire connaître votre
région.
- Oui, en effet. Jadore la campagne autour de Leeds! Pour moi cest la plus
belle au monde, et, donc, jadore la photographier. On se considère très chanceux
de pouvoir vivre là bas, et on est toujours content de faire partager cette chance.
En voyageant avec Hood, as-tu découvert dautres régions qui tattirent
autant?
- Cest amusant, mais nous avons parcouru lAmérique, nous y avons vu des
paysages incroyables, mais moi jétais quand même très content de revoir la
campagne des alentours de Leeds lorsque nous sommes rentrés. Elle mest réapparue
si belle, comme à chaque fois. Le Yorkshire a un côté sombre vraiment unique, à mon
avis. Quoique je suppose que cest en partie parce que nous venons de là-bas que
cela nous fait cet effet.
Votre discographie, quant à elle, est un terrain où on se perd facilement: il existe de
nombreux morceaux de Hood dispersés sur des compilations et des singles sur de petits
labels méconnus. Avez-vous jamais pensé à compiler ce matériel?
- Oh, oui! Nous avons carrément essayé de faire un recueil de chansons publiées sur des
compilations, mais les morceaux ne collaient pas les uns avec les autres. Le tout sonnait
de manière plutôt pathétique, trop brouillonne. Je pense que le public a le droit
daccéder à ces chansons, mais il faut éviter de les regrouper en une sorte de
mauvais album. Nous y avons donc renoncé pour le moment, mais nous allons continuer à y
réfléchir. Ce que nous voulons faire prochainement est une compilation de tous les
singles que nous avons publiés.
Pour vous il a toujours été important de soutenir des petits labels.
- Oui, quoique nous ayons de plus en plus de mal à le faire. Les demandes sont chaque
jour plus nombreuses, et nous sommes obligés d'en décliner certaines. Sinon, tout
devient trop chaotique, car il y a trop de gens impliqués, et, en plus, nous avons aussi
dautres choses à faire dans la vie. Cest dommage, et cest dur de dire
non, mais cest inévitable. A la fin on ne fait que ce qui nous attire vraiment, on
n'accepte que les idées bizarres, comme, par exemple, une compilation pour la quelle on
nous a demandé denregistrer une chanson dune minute et 45 secondes. Nous
voulons aussi ne pas pousser les gens à acheter des compilations qui ne sont pas
géniales. On se sentirait coupable.
Avez-vous déjà eu l'occasion de commencer à travailler au nouveau disque?
Non, car depuis janvier tout notre matériel denregistrement est enfermé dans des
boîtes! Je déménage, et je vais construire un studio dans ma nouvelle maison. Cela
risque évidement de me prendre un peu de temps, ce qui nous permettra de prendre un peu
de distance vis-à-vis de la musique et, avec un peu de chance, de trouver une nouvelle
inspiration pour nous remettre au travail vers la fin de lannée.
Je suppose que tu nas aucune idée de la direction que prendra le prochain
disque
Aucune idée, en effet. Probablement, moins électronique.
Pourquoi?
Parce que je commence à en avoir marre. Il y a trop de gens qui prennent le train en
route, qui se mettent tout dun coup à faire de la musique électronique juste pour
être dans lair du temps. C'est une démarche souvent stérile. Le résultat manque
démotion. Dun autre côté, nous voudrions aussi éviter d'être perçus
comme un groupe électronique. Les gens veulent toujours créer des scènes, et maintenant
il y a en pas mal qui parlent d"indietronica", ce qui me gène
énormément. Depuis que Hood existe, on nous a assimilés à de nombreuses autres
scènes, mais les scènes disparaissent, et les groupes restent. Nous ne voudrions surtout
pas que dans le futur quelquun se souvienne de l"indietronica" et
pense à nous comme un groupe qui en faisait partie.
Vous êtes, effectivement, un groupe en constante évolution. Etes-vous conscients du fait
que votre public ne vous suit pas toujours?
Chacun a ses opinions, oui. Actuellement, lors de nos concerts, nous essayons de reprendre
des morceaux de toutes les époques du groupe: nous ouvrons avec des nouvelles chansons,
puis on passe aux deux disques précédents, enfin, en guise de reprise, nous jouons des
vieux morceaux. Certains sont très touchés par la partie finale, dautres ne le
[le] sont que par le début. Je les comprends, bien sûr, quoique moi je ne peux pas
mempêcher daimer tout ce que nous avons fait. Ce que étions il y dix ans,
cest une partie de ce que nous sommes aujourdhui.
Quand tu regardes en arrière, vers les débuts du groupe, as-tu l'impression de disposer
maintenant d'idées plus claires sur là où vous allez?
Je ne le pense pas. Nous avons toujours été très confus par rapport à ce que nous
voulions faire. Nous ne lavons jamais su. Depuis le commencement, il sagissait
juste dessayer daller plus loin, et cela nous est toujours resté. Nous avons
fait pas mal de trucs différents, mais, au fond, nous navons pas changé
énormément.
Tu aimes défendre les groupes qui restent longtemps ensemble, en insistant sur le fait
que lAngleterre est un pays moins propice à la longévité que les Etats Unis.
Lidée est que certains groupes ont une vie trop courte, et que la faute en incombe
à la presse britannique, qui les encense pour les enfoncer plus tard. Jaime ce qui
arrive à des groupes comme Mercury Rev ou The Flaming Lips, qui n'obtiennent du succès
qu'après des années de travail. Nous, en tout cas, nous voulons rester en dehors de
toute pression. Les gens nous disent maintenant: "Vite, il faut une suite à
"Cold House", puis une tournée, et le succès est à vous!". Mais nous
pensons: "A quoi bon enregistrer un disque que nous allons finir par haïr?".
Pour les maisons de disques, le plan est: "tu enregistres, tu pars en tournée, tu
enregistres, tu pars en tournée". Mais, si tu suis le modèle,
linspiration s'en ira très vite. Nous préférons ne pas jouer le jeu, ce qui veut
dire que même si nous navons pas dargent, on peu regarder vers le passé en
se disant: "Cest comme ça que nous voulions le faire".
Ce qui explique aussi que vous soyez beaucoup moins connus que Mogwai, par exemple.
Oui, Mogwai sont sur la route continuellement. Eux ils ont tous quitté leurs emplois, ce
que nous ne voudrions absolument pas faire. Eux ils reçoivent des masses d'argent pour
enregistrer leurs disques, et nous travaillons plus comme une petite entreprise. Ils ont
suivi leur chemin, et nous le notre. J'ai un grand respect pour eux, ce sont des gens
incroyables, mais la dernière fois que j'ai discuté avec eux, ils affirmaient ne pas
être spécialement contents de leur situation.
Ton frère Chris écrit la plupart des paroles, et toi le reste. Celles de ton frère
n'étant pas toujours très gaies, tarrive-t-il dêtre surpris par ce qu'il
dit?
Je ne sais pas, à vrai dire. Parfois, elles me surprennent car il chante des choses très
inattendues, qui viennent de je ne sais pas où, car il est si... bizarre. Ce qu'il y a,
c'est que mon frère et moi ne parlons pas souvent en tête à tête. On se connaît
depuis lenfance, et, logiquement, il y a trop de choses entre nous pour qu'on puisse
sasseoir juste pour bavarder un peu. Donc, japprends parfois des choses sur
lui en écoutant ses chansons. Mais, en général, je ne me demande pas: "Oh,
qu'est-ce qu'il a? Que va-t-il faire? Que peut-il donc se passer dans sa tète?".
Je crois que je comprends simplement doù tout cela vient. Je sens de
lempathie. Je sais qu'aucun de nous deux n'écrit jamais avec lintention de
faire du mal. Nous essayons juste dêtre honnêtes.
Interview par Gloria
Bruxelles / mai 2002 |