interview

Datpo_pola2.jpg (15609 octets)


DAT POLITICS:
"Schizo-Soundclub"


Philippe et Xavier
Bruxelles / janvier 2001



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dat politics live (c) site ski-pp



Fièvre électronique à Lille : autour du quatuor minimaliste Tone Rec, une scène se met en place. Un label est né, Skipp, ainsi qu’un nouveau groupe, Dat Politics, apparemment très prolixe. En un an à peine, Dat Politics a sorti trois albums sur trois labels : " Tracto-flirt " sur Skipp, " Villiger " sur A-musik et " Sous-hit " sur Digital Narcis. Sans oublier un maxi partagé avec Process sur Fat Cat. Sons joyeux (façon casio) passés à la moulinette schizophrène, envolées pop émiettées dans le bruit : une bouillie délicieuse, destroy et drôle qui tranche avec la production électronique dominante. Skipp vient d’ailleurs de sortir une compilation, " 1rst fist & stroop ", qui résume les intentions. On y retrouve l’internationale de cette électronique différente : Felix Kubin et Schlammpeitziger (Allemagne), Kid 606 et Blectum for Blechdom (USA), Scratch pet land (Belgique) et bien sûr la bande de Lille.

 

- Quels sont les rapports entre Tone Rec et Dat Politics ?
Tone Rec existe depuis six ou sept ans, les premières sorties datent de 97. Dat Politics est né il y a deux ans, de l’envie de faire plus de musique, d’autres choses à côté. Skipp (le label) s’est mis en place plus ou moins au même moment. Il n’y a qu’un membre de différent entre les deux groupes (Aelters, qui joue dans Dat Politics, a aussi sorti un album sur Skipp). Au niveau musical, les méthodes de travail sont quasiment les mêmes, les instruments aussi. Ce sont plutôt les ambiances et les compositions qui changent. Il y a des sonorités dans Dat Politics qu’on n’utiliserait pas dans Tone Rec. Dat Politics nous permet d’assembler des choses plus diverses, plus hétérogènes. Si on l’a créé, c’est vraiment pour faire quelque chose de très différent. Pour l’instant Tone Rec est plutôt en standby, parce qu’on est pris par Dat Politics et Skipp. C’est lié aussi à notre décision d’arrêter de travailler avec le label Sub Rosa.

- Dat Politics peut apparaître comme une réaction humoristique à la sobriété de Tone Rec.
Oui, c’est né un peu de ça aussi. Avec Tone Rec, on avait une image austère qui ne nous correspondait pas vraiment. La musique pouvait dégager quelque chose de minimal, voire sobre. On n’était pas toujours à l’aise dans les concerts et le milieu où on évoluait.
La pop music et le rock sont une part importante de notre culture. Dat Politics nous permet d’aller chercher dans d’autres sonorités, dans une palette de sons plus large (ouverte par exemple sur les voix, les rires, etc.). C’est plus ludique, moins tenu, plus joyeusement déconstruit… Ce sont d’autres sources de plaisir que dans Tone Rec.

- On dirait qu’il y a chez Dat Politics un côté pop mais à moitié assumé seulement : les mélodies sont plus ou moins hachées, les sons guilleret noyés dans le bruit…
En fait on n’a pas dans l’idée de faire quelque chose de pop, même si les choses peuvent apparaître comme telles à l’écoute. La façon de faire, de travailler, n’a pas changé depuis Tone Rec. Le titre "Sous-hit" fait référence à ça aussi : Sous-hit, faux hit, pas assez propre pour être du sur-hit. Il y a une certaine limite. Quelquefois on sent qu’on pourrait facilement faire un hit mais on fait attention…

- Vous vous empêchez de faire de vrais hits ?
Pour nous, on fait des morceaux assez tubesques mais on fait attention à ne pas rentrer dans certaines conventions. Disons qu’à la base, dans les structures ou les mélodies, certains morceaux pourraient ressembler à des hits mais le choix des sons et le procédé final font qu’ils n’en sont pas.

- Dans les morceaux tels qu’on les entend sur les disques, est-ce que les mélodies ont été triturées pour être défaites ou alors laissées simplement à l’état d’ébauches ?
Tout se mélange. Parfois, c’est vrai, on ajoute du bruit là où on trouve qu’il n’y en a pas assez. Mais on part rarement de sons soft. Chronologiquement, tout vient à la fois.Chacun travaille individuellement sur son portable. On se réunit à peu près tous les jours pour mettre nos idées en commun. On modifie les gammes de sons, les tempos, etc. Chacun intervient sur les morceaux. Et quelquefois, on improvise ensemble.

- Les sons de Dat Politics sont assez typés, certains renvoient aux années 80. D’où viennent-ils ?
Beaucoup de sons viennent d’un logiciel allemand assez peu connu appelé Soundclub, qui comprend une gamme de sons pré-enregistrés : claviers, guitares, trompettes, etc. A la base on prenait les sons qu’on avait pour Tone Rec mais on s’est amusé petit-à-petit à inclure des petits sons du logiciel, qui sonnent tout de suite plus kitsch, années 80, jeux vidéo. A l’origine d’ailleurs, le logiciel servait à créer des musiques de jeux vidéo. Il y a aussi des traitements plus courants : des fichiers-textes transformés en fichiers-sons par exemple. On utilise aussi des enregistrements acoustiques, des voix, etc.

- Si l’origine de sons est si variée, pourquoi limiter le matériel des concerts aux portables ? Pourquoi ne pas utiliser d’autres instruments sur scène ?
Les sons ont différentes origines mais les morceaux naissent sur l’ordinateur. Notre musique se pratique comme ça : on joue avec des ordinateurs. En concert, les gens ont parfois des doutes : " est-ce du playback ? ". En fait l’interactivité existe autant qu’avec un instrument traditionnel. Il faut cliquer au bon moment. On répète nos morceaux. Certains musiciens choisissent de montrer ce qu’ils font, ce n’est pas notre cas. Sur ordinateur, la musique improvisée, ou plus bruitiste, passe mieux en live, les gens ont davantage l’impression d’une interaction.

- On sent une forte cohérence sur la compilation Skipp, dont le projet semble être de couper avec une certaine image sérieuse de la musique électronique.
Tous les artistes de la compilation sont des gens que l’on côtoie, des amis. Effectivement, le résultat de la compilation crée une sorte de contre-image de ce genre de musique, par rapport à des trucs plus répandus et médiatisés, qui véhiculent une image sérieuse, à laquelle la notion de compositeur, par exemple, est souvent attachée. Même s’il y a des choses qu’on peut aimer là-dedans, on est content de donner une image un peu différente de cette musique. On trouve une ligne directrice entre les artistes; l’intérêt était de réunir des gens, dont certains encore peu connus, autour d’une même idée. Les compilations ont trop souvent un côté opportuniste et commercial. Dans la collaboration avec Uli Troyer et Massimo (le morceau figure sur la compilation), on voulait aussi prendre le contre-pied de ce que les gens pouvaient attendre d’eux. Tous les deux font des disques assez durs, dans la mouvance Mego. Mais sur notre morceau, Massimo chante en italien, par exemple.

- Ce côté ludique s’exprime aussi par le graphisme, qui en même temps est aussi torturé.
Oui, il y a autre chose que l’aspect drôle dans Dat Politics: des côtés plus durs, plus sombres, plus mélancoliques peut-être. C’est un peu schizophrénique.

- Qui s’en occupe ?
Nous. On s’occupe de tout : le graphisme, le site, l’organisation des soirées, des concerts, le label. Lille n’est ni Vienne ni Cologne. Où on habite, on ne peut compter que sur nous. Il n’y a pas de communauté autour de cette musique.

 

Interview par Philippe et Xavier
Bruxelles / janvier 2001

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