Quand elle ne sort pas chaque semaine une
cassette à cinq exemplaires sur son label Nordheim ou quand elle ne compose pas, lettre
autocollante par lettre autocollante, un poème dans les toilettes, Anne Laplantine (ou
son alter ego la Mata Hari austro-nippone Michiko Kusaki) enregistre comme elle respire
des dizaines de miniatures electropop qui sont comme autant dinstantanés intimistes
de sa vie et de son entourage. Si son quotidien influe sur sa musique, sa musique
sest aussi, en quelques mois, profondément ancrée dans notre intimité. Insufflant
des sentiments forts dans une forme faussement anodine (la ritournelle électronique),
elle transforme ses compositions en petits chevaux de Troie quon accueille dans nos
vies sans trop se méfier, qui sy greffent très fermement puis éclosent sans crier
gare et nous bouleversent très profondément de lintérieur. Ci-dessous une longue
discussion avec Wilfried, à Paris le 9 mars dernier. A moins que cette interview ait,
elle aussi, été malicieusement antidatée.-
Quand tu étais adolescente tu as commencé à écouter de la musique comment ? Dans
quelles circonstances ?
Anne Laplantine : (ricanement gentil) Je me demande si on ne ma pas déjà
posé cette question
Ca me dit quelque chose
Je crois que jai déjà
raconté ça à peu près cinquante mille fois donc il faudrait que je trouve
dautres interprétations
Bon, je dirais que jai commencé à écouter de
la pop quand jai découvert Alphaville. Je devais avoir quatorze ans à peu près.
Je crois vraiment que cest la première chose que jai aimé en pop à la
radio. Du coup, jai acheté lalbum. Je crois que cest la première
cassette que jai acheté. Je lavais achetée avec mon frère.
- Cest lalbum avec
Avec Forever Young, oui. Avant, je nécoutais pas de musique mais jen
faisais : je jouais du piano classique.
- Tu as été au conservatoire ?
Un petit peu : jai fait deux ans de conservatoire mais pas très sérieusement.
Je prenais des cours particuliers de piano. En fait, jadorais Bach mais
jécoutais pas ou très peu les enregistrements. Ah oui, ce que
jai écouté pendant mon enfance cest Anne Sylvestre. Je laimais
vraiment beaucoup. Jai rêvé delle. Elle était assez antipathique. Comme on
a le même prénom, je lui demandais si cétait son vrai nom. Elle me disait :
" Mais, on sen fout de ça ! ". Et je lui
répondais " Mais non, cest important de savoir si on a le même nom
dans la vie et dans le travail, si on change didentité pour faire sa
musique. "
- Dans ton cas, Michiko Kusaki et Anne Laplantine :
cest important davoir plusieurs identités ?
Oui, oui. Pour le moment, Michiko Kusaki cest plutôt pour ce que je sors hors de
France. Cest un peu comme si en changeant de territoire, je changeais de nom.
Jai toujours cette idée que lorsquon passe sous une lumière jaune on devient
jaune, etc
Quon est différent selon les espaces où on se trouve.
- Et à part jouer du piano et écouter Alphaville ?
Jaimais bien enregistrer la radio et faire des fausses émissions de radio.
Jaimais bien jouer avec des petits magnétos et des micros, déjà. Enregistrer des
sons. Mon frère et moi avions à peu près le même âge : on senregistrait
souvent. Jétais quand même fascinée par les petites machines qui enregistrent ou
qui font de la musique mais qui sont pas faites pour ça. Comme le Merlin tu vois
ce que cest ? -. Jen avais aussi un autre : cétait le premier
truc que je métais acheté quand je devais avoir à peu près dix ans. Ca avait
coûté cent francs ce qui correspondait à six mois d économies.
Cétait comme un Merlin mais plus rectangulaire, blanc, avec quatre touches. Il y
avait moyen de composer de petites musiques : pâ-pâ-pââ-tu-tu-tu-tu
Avec un
rythme et des répétitions. Jai des souvenirs où avec mon frère on faisait des
musiques, chacun sur une des machines. Mon père recevait parfois des journalistes dans
son bureau pour son boulot. On samusait à entrouvrir sa porte au bout dun
long couloir. On préparait les morceaux, on poussait sur Play puis on faisait glisser les
machines jusque dans la pièce où il se trouvait. Il détestait ça, évidemment.
- Tes parents écoutaient de la musique ?
Mon père nécoutait pas de musique. Ma mère pas beaucoup plus. Ils avaient trois
disques de musique classique : " La Jeune fille et la mort " de
Schubert, " Les chants dun enfant mort " - il y avait beaucoup
de morts ! - de Mahler
Je me souviens de ces quelques disques que jai
découverts après. Mais ma mère joue du piano depuis longtemps. Un peu en amateur :
elle joue bien mais cest pas son métier. Parfois elle massacre des trucs que
jaime bien alors ça me fait mal.
- Le fait davoir étudié le piano classique, ça
taide dans ce que tu fais aujourdhui ?
Probablement oui. Jaime toujours jouer avec mes petits doigts, les traîner sur un
clavier. Techniquement, au point de vue de lécoute, ça m a aidé :
je retrouve facilement la note que jentends dans ma tête.
- Entre Alphaville et la musique électronique, quel a été
ton parcours ?
Ca aussi je lai déjà raconté souvent : jai dabord plus ou moins
bloqué sur Alphaville puis jai essayé des trucs que jaimais plus ou moins.
Jai découvert les Talking Heads mais je naimais pas parce que cétait
un album récent de lépoque (vers 1985).
- Cest des gens qui te poussaient à écouter
ça ?
Non, je cherchais toute seule et je ne trouvais pas. Jaimais bien Indochine, je me
souviens des premières cassettes. Puis il y a un moment où ça a vraiment
basculé : quelquun ma fait découvrir le Velvet Underground. Un matin. Sunday
Morning du Velvet Underground. Cétait effectivement un dimanche matin que
jai entendu ça. Et là ça a changé complètement mon parcours. Jai pas mal
écouté le Velvet et Can. Cétaient les deux grands flashs.
- Tu avais quel âge à peu près ?
Javais, euh
Seize ans, je crois. Ce sont les trucs dont je me souviens parce
que jécoutais pas mal dautres choses mais qui mont moins marquée.
Puis, ensuite je me suis mis à découvrir des choses par hasard ou via dautres
gens, de découverte en découverte. Mais la musique électronique, cétait aussi la
rencontre avec quelquun qui écoutait ça. Jai essayé découter ce
quil écoutait. Le premier truc qui ma fait flasher cétait DMX Krew
avec Fresh. Cétait il y a trois ans. Et là ça a aussi un peu changé mon
parcours musical. Mais, en fait, je me suis rendu compte que jen écoutais de la
musique électronique, avant
Sans le savoir. Parce que jécoutais par exemple
John Hassel, Brian Eno
Czukay qui fait des trucs à base de samples. Talking Heads
qui sont parfois hyper électroniques, David Byrne
Mais pas de la musique
électronique récente. Je ne connaissais pas Aphex Twin, par exemple.
- Cest assez récent quand même lelectro comme
ça
Oui mais souvent je découvre les trucs après coup. En général je ne découvre pas les
trucs sur le moment : par exemple Fennesz jai découvert son premier album
lannée dernière, General Magic aussi alors quil date de 1996. Jai
limpression que je mets un petit peu de temps à réagir par rapport à la musique.
- Tu tachètes beaucoup de disques ?
Non, non. Très peu. Mais par contre on men donne parfois, ce qui fait que ça va.
Mais cest rare que jachète des disques. Souvent quand je suis dans un magasin
où il y a des disques que jai vraiment envie davoir, je me dis
" Ah-la-la, telle personne adorerait ça aussi " alors je les achète
pour les offrir. Je nai pas assez de sous pour acheter des disques. Ca coûte trop
cher. Toute à lheure je vais acheter un truc que jaimerais beaucoup avoir
moi-même pour lanniversaire dun ami : cest le double disque des
flash publicitaires de Raymond Scott. Jespère le trouver chez Bimbo Tower!
- Et tu lisais la presse ou
NON. Je ne lai jamais lue et je continue à pas lire. (rire) A pâlir ! Je ne
sais pas, je naime pas tellement lire. Enfin, je crois que cest parce que je
nai pas découvert quelquun qui écrivait super bien, chez qui je trouvais une
intelligence dans lécriture ou dans la pensée.
- Ce nest pas facile décrire sur la musique. Il
y a peu de gens qui y arrivent
Je pense quil y a peu de journalistes qui sont très très bons. Cest un art.
- Mais, sinon, tu lis des livres ?
Très rarement, aussi. Par périodes. Là, jentreprends de lire "Malone
meurt" de Beckett. Ca risque de me prendre trois mois et ce sera mon livre lu pour
les trois ans à venir
Non, jai quand même eu des périodes où je lisais un
petit peu plus, quand même.
- Tu as fais des études ?
Oui, jai fait des études darts plastiques à la fac. Au début, je
mintéressais beaucoup à limage. Beaucoup au son et beaucoup à limage
mais, disons que, depuis que je suis petite, mon entourage ma plus encouragéeà
travailler avec les images. Les gens trouvaient que je dessinais très bien, que
jétais très forte en peinture. Donc jai fait une école dillustration
à Lyon. Ca a duré cinq ans. Jai un diplôme dillustratrice mais je dessine
toujours comme un pied, je trouve. Je dessine mal, cest terrible ! Et puis
après, en arrivant à Paris je me suis mis à mintéresser à lart
contemporain et jai eu envie de faire les arts plastiques. Jai fait un
D.E.U.G. puis jai arrêté. A ce moment, assez bizarrement ma musique sest
retrouvée sur un CD - je ne sais pas trop comment. Puis sur un autre, puis sur un autre,
puis sur un autre, puis sur un vinyle, puis à nouveau sur un CD
(rires)
- Tu penses que le fait que tu aies fait des études
darts plastiques, cela a eu une influence sur ta musique ?
Je pense. Je naime pas le terme de " concept " parce quil
est souvent un peu utilisé nimporte comment mais je suis assez sensible à la
façon de faire de la musique, à la démarche, à toute lhistoire quil y a
derrière ce quon fait. Si on chante tel truc, il faut que ça soit profond. Si on
joue telle note il faut que ce soit rattaché à des aspects profonds et réels de notre
vie quotidienne. Jattache aussi pas mal dimportance à la façon de jouer, à
la disposition des machines dans la pièce. Pour moi, si le micro est haut et le synthé
en bas, cela veut dire quelque chose. Le sens est différent, ça participe à
lenregistrement. Le processus est important.
- Alors, cest organisé comment chez toi ?
Ben, ça dépend des morceaux, justement. Il y a des morceaux que je fais par terre, des
morceaux que je fais assise. En fait je change tout le temps les meubles de place, au
moins une fois par mois. Mais pour la musique, il y a des séries de morceaux qui sont
faits avec le même dispositif. Pour moi, cest différent de jouer la fenêtre
ouverte ou fermée ou le soir avec la lumière artificielle par rapport au jour, avec la
lumière du soleil.
- Les morceaux sen ressentent ?
Je ne sais pas si ça se ressent dans la musique mais, moi, je veux dire des choses
différentes selon les conditions denregistrement. Souvent quand je fais de la
musique jai vraiment limpression dêtre dans le présent ; que je
suis en train de capter linstant présent. Jessaye dêtre très
attentive, sensible à ce qui se passe sur le moment.
- Et cet attachement au présent, tu penses que ça
sentend
Dans ce que je fais ? Sûrement, oui. Je sais que les gens disent que je fais une
musique intimiste. Certains parlent de journal intime. Au début jaimais pas trop
cette idée mais cest vrai quil y a quand même une part de réalité
là-dedans.
- Lidée de saisir linstant présent, ça amène
aussi à quelque chose dassez universel et intemporel. Jai limpression
que si tu arrives effectivement à retranscrire quelque chose qui est de lordre du kaïros
[le temps ponctuel, linstant t en opposition au kronos qui est le
temps linéaire, le temps qui sécoule], les gens peuvent sy retrouver de
manière très forte
Cest possible mais ce nest pas une chose à laquelle je pense au moment où je
fais de la musique. Mais, rétrospectivement, je sais quil y a des gens qui se sont
reconnus ou retrouvés assez profondément dans ce que je fais. Je ne laurais pas su
si ces gens ne me lavaient pas confié. Pour moi, la question ne se pose pas
tellement. Elle se pose plutôt par rapport à ce que jécoute sur le moment. Cela
se fait assez naturellement. Pour le moment, on entend Daft Punk en fond, sans vraiment
écouter mais jai limpression que si je fais de la musique cette après-midi,
ça sera présent. Ca sera un élément qui interviendra, qui changera ma destination.
- Tous les éléments de ton quotidien interviennent comme
ça sur ta création ?
Oui, jai limpression.
- Linterview quon est en train de faire
Oui, linterview ou le cafard que jai vu ce matin. Oh-la-lâ, quelle histoire
ce cafard
Ou le pigeon quon a vu par ta fenêtre. Jessaye dêtre
la plus sensible possible à tout ce qui mentoure. Du coup, cest parfois
difficile de donner des interviews parce que jai plus limpression de parler de
ma vie que de ma musique. Or, je considère quand même la musique que je fais comme une
recherche. Jai limpression de participer à un travail commun de recherche
musicale mais jai toujours tendance à parler de ma vie.
- Le côté intime et la tendance introspective de ta
musique, le fait que celle-ci exprime ton individualité et ton vécu, ne permettent sans
doute pas de séparer ta vie et ta musique.
Effectivement, je trouve important que ce soit notre vie qui soit en jeu dans ce
quon fait, dans ce quon dit, dans notre travail. Je trouve que souvent les
gens ne parlent pas assez deux. Parallèlement japprécie aussi les gens qui
ont une approche plus distanciée comme Uwe Schmidt par exemple. Ou Daft Punk. Ca
mintéresse aussi. Mais je suis sans doute plus sensible à quelquun qui
raconte ce que ça lui fait de vivre. Je suis un peu romantique.
- Tu disais que tu avais envie de tinscrire dans une
recherche musicale ?
Ben, jai quand même limpression de participer à ce qui se fait actuellement
même si je ne suis pas tellement au courant et que je découvre toujours les albums avec
cinq ans de retard. Jai quand même limpression de proposer une façon
dagencer les éléments qui constituent une musique. Bon, je ne sais pas si le
résultat est intéressant
pour les autres. Jespère. Jespère que
lintérêt de ma musique ne sarrête pas à ce côté intimiste comme
quelquun qui fait de la musique chez lui, tout seul, pour lui-même. Jespère
que ça ne sarrête pas là. En même temps jai limpression que
cest un peu mauvais ce que je fais, que je vais rapidement disparaître de
lhistoire
- Pourquoi ?
Parce quil y a des musiciens que je trouve carrément plus forts que moi. Des
artistes que je trouve beaucoup plus précis ou
- Ce nest pas forcément un critère de valeur. Des
gens comme Daniel Johnston
Mais lui il ne va pas disparaître de lhistoire !
- Mais lui aussi ce quil fait cest très
personnel et cest bourré dimperfections
Il est précis quand même : quand il joue de la batterie ça tombe toujours à
côté mais de manière très précise, quand il chante cest toujours un peu faux
mais de façon très précise. Tout est toujours à la limite du raté mais très
précisément, juste à la limite. Cest pas raté.
- Mais chez toi aussi il y a ce côté équilibriste. Pour
toi cet équilibre un peu ténu entre les éléments est une manière de te mettre en
danger ?
Oui mais, surtout, cest que je nai pas envie dentendre quelque chose
dévident. Dès que ce que je fais sonne trop bien, je me dis " Il ne faut
pas que ça sonne si bien que ça, il faut trouver un truc qui brise un peu
ça ".
- Le format court de tes morceaux, ça vient de là ?
Le format court, je ny ai jamais vraiment réfléchi. Cest plutôt le fait
quau bout dune minute jai limpression que tout est dit, que je ne
peux pas aller plus loin au niveau de lintensité, que ça ne peut pas monter plus.
- Quand tu fais de la musique tu as envie de provoquer une
réaction chez lauditeur ?
Je ny pense pas. Par contre, quand je prépare un concert, comme ces jours-ci,
jy pense : jespère que jarriverai à capter lattention des
gens. Quand jenregistre, je ne pense pas à ça, je pense à ma vie, je pense aux
gens qui mentourent, je pense aux autres continents, je pense à mon histoire
Mais je ne pense pas au résultat.
- Ta musique a à voir avec la question de la mémoire,
non ?
Oui, je pense. Cest quand même difficile de raconter le futur ! (rires)
- Je voulais dire une mémoire singulière... Souvent la
musique électronique me fait cet effet là. Comme au dernier concert dOlivier
Lamm : il y avait cette sorte de brouillard, de nuds de sons électroniques
puis, parfois, des voix humaines
On avait vraiment limpression dun
écheveau, dun nud de souvenirs. Lidée de journal intime cest
aussi lié à la transmission dune mémoire.
Cest vrai que jai limpression de faire un témoignage, dessayer
dêtre présente pour
- cest peut-être un peu bête, mais
- pour
témoigner de lhistoire. Jimagine souvent que dans le futur, sil
ny a plus personne et quune nouvelle forme de vie apparaît ou arrive sur
Terre, que tout est détruit
Jimagine que sils trouvent ma musique,
quils trouvent mon disque sous terre, ils auront au moins ça comme document.
Jai quand même limpression de témoigner. Ca pourrait être moi qui
lait fait ou nimporte qui mais cela veut dire quon laisse une trace. Une
trace de vie. En fait parfois, jai triché avec ça aussi. Il y avait une époque
où je faisais un journal en vidéo. Il y avait douze jours. Cétait il y a deux ans
mais je les avait daté de 2001. Cest daté du 01.01.01 au 12.01.01. Cétait
pour tricher parce que jimaginais que jallais mourir avant et que, par
exemple, des gens de ma famille retrouveraient ce document dans quatre générations en
voyant que les dates ne correspondaient pas avec ma date de mort. Ou alors quils se
diraient : " Anne Laplantine a, en tout cas, vécu jusquau 12 janvier
2001 mais après, on ne sait pas
". La preuve aurait été une blague, un
mensonge. Jaime bien faire des trucs qui désorientent. En ce moment, je suis en
train chaque jour décrire la date sur une feuille. Là on est le 09.03.2001. Je
fais ça chaque jour. Cette fois-ci, je respecte la date. (rires)
- Ca fait longtemps que tu fais ça ?
Jai recommencé justement par rapport à cette vidéo que javais faite il y a
deux ans. Comme je pensais que je mourrais avant, cela ma fait bizarre dêtre
vivante et jai commencé à écrire les dates au 1er janvier. Ecrire les
jours était une manière de sentir que je les vivais.
- Là tu travailles avec lordinateur, les synthés,
ton quatre pistes
Avec tout ce que je trouve, maintenant ! Jai limpression quil ne
faut pas en louper une. (rires)
- Il y a ce disque live qui sort. Ca tapporte quoi les
concerts ?
Le disque live ça ne mapporte rien du tout. Par contre, le fait de donner des
concerts cest très marrant. Il y a une sorte dexcitation : il faut être
super présente, super attentive. En même temps, il faut garder la tension quon a
en soi. Il ne faut pas que jaille contre le " flip ". Il ne faut
pas que jaie peur davoir la voix qui tremble, ou de me mettre à tousser
Je veux être sincère, ne pas cacher que je me sens fragile. Super mortelle
Le
projet du live, ça ne vient pas de moi : cest une idée de Yann Farcy du label
Alice in Wonder. Mais cétait simple, ça ne ma pas demandé deffort. Le
disque sort comme ça.
- Et tu es contente de ce disque ?
Je ne lai écouté quune fois. Et je ne compte pas vraiment le réécouter.
Cest plus la démarche qui compte, encore une fois. Au niveau du son, ce nest
pas le son que jaurais choisi pour un album.
- Et lalbum de remixes sur Angelica Koehlermann ?
Ca ne dénature pas ce côté intime et personnel ?
Oh non, pas du tout. De toute façon, je ne revendique pas cette idée dintimité.
Au début je nétais pas très contente de cette histoire de remixes parce que ça
fait un moment que jen ai marre des remixes. Mais finalement, le fait que ce disque
sorte maintenant avec des musiciens comme Console, Pita, Chicks on Speed qui sont déjà
reconnus, qui sont moins importants aujourdhui quau moment où on les a
découverts, je trouve que ça donne un disque qui est déjà un peu daté, quasiment
ringard. Comme sil surgissait dil y a cinq ans. Je ne lai écouté
quune fois aussi mais je lai trouvé très drôle ce disque. On dirait des
musiciens du passé qui reprennent une musique elle-aussi surgie du passé, qui
sappellerait Michiko Kusaki et dont on ne sait pas trop ce que cest. Ils ont
presque tous choisis les même trois titres : Lets Rock Baby, Maybe et
Lets Rock Maybe. (rires) Ca revient tout le temps, avec insistance. Les gens
nont dailleurs pas tellement fait des remixes (à part Pita, Hypo
)
sinon, la plupart ont plutôt fait des reprises. Ca tombe bien : je suis plus
intéressé par la reprise que par le remix ou le sampling.
- Tu as fait un remix de Encre, le projet électronique de
Yann Tambour.
Oui. Je ne sais pas si cest une reprise ou un remix. Il avait une partie de guitare
que jaimais bien. Jy retrouvais un petit côté Kristin Hersch et je pensais
que ça manquait de voix. Du coup, au quatre pistes, jai rajouté de la voix
mais aussi plein de synthés.
- Cela correspond à quoi pour toi de " mettre des
voix " ? Elles sont souvent indistinctes dans ta musique.
Dans le morceau de Encre la voix est très en avant. Je chante un peu comme un manche à
balai mais je nai pas pu régler le volume parce que javais
" tracké " des pistes les unes sur les autres.
- Souvent tes textes sont assez proches du slogan, du
gimmick : une ou deux phrases répétées
A nouveau, dans le cas de ce morceau dEncre, il y a un texte mais cest vrai
que souvent cest plus de la voix que des paroles.. Mais, quand même, les mots
cest important. Jaime bien quon les perçoive. Je ne sais pas à quoi
ça correspond
Un souffle, peut-être
Jaime bien le contraste entre les
machines et la voix.
- Tu nas jamais eu envie décrire des textes
plus élaborés ?
Si, parfois jen fais. Mais souvent je les trouve stupides, gnan-gnan. Des textes je
peux en écrire pas mal mais cest les textes par rapport à la musique qui posent
problème. Si on veut que le texte soit compréhensible il faut mixer la voix en avant
mais, pour linstant, dans mon travail musical, je nai pas vraiment envie de
distinguer la voix des autres instruments. Jai envie que tout ce qui produit du son
dans une musique aie la même valeur. En tout cas, que la voix naie pas plus
dimportance que la musique. Cela nempêche pas quil y a des gens qui
chantent des textes que jaime beaucoup.
- Souvent ça me fait penser à Björk. Malgré que je
naime pas trop ce quelle fait, japprécie cet aspect là, surtout sur
son premier album solo : une musique électronique très forte - avec un côté un
peu violent - face à elle
Cest un peu comme une enfant au milieu des machines
qui crie. Il y a cette idée de faire sortir lhumain de la machine.
Mais moi cest pas ça : je nai pas envie de faire sortir lhumain de
la machine. Ni la machine de lhumain. Jai envie que chaque élément soit
égal à lautre. Quon se batte mais sans que lun essaye de
lemporter sur lautre. Justement, je crois que chez Björk cest ça qui
membête. On a limpression quelle se défend. Pour moi, il ny a
pas les machines et les humains, il y a les humains qui fabriquent des machines
Et
qui éventuellement les utilisent pour samuser, et chantent pour samuser.
Jaime bien que les choses ou les gens se rencontrent .
- Tu dis " samuser " : la
musique cest un jeu à tes yeux ?
Oui. Je pense. Cest un jeu mais cela nimplique pas que ca soit faux ou
simulé.
- Tu joues quand même avec tes personnalités, tu
tinventes des identités.
Oui. (rire)
- Une dernière question : pourquoi tu aimes Daft
Punk ?
Oh-la-lââ
Pfff
Japprécie leur distance, le fait quils ne se
montrent jamais sur les photos, quils aient réussi à banaliser une sorte de
musique électronique un peu house auprès dun large public
Je crois que
grâce à eux, plein de gens arrivent à écouter des choses plus difficiles et ça
cest super. Cest des bienfaiteurs. Merci Daft Punk !
- Et tes projets ?
Jaimerais travailler avec des musiciens très forts. Je serais vraiment ravie de
pouvoir un jour travailler avec Jim O Rourke. Jaimerais bien travailler avec
des gens qui font de la musique plus live et instrumentale, jai envie de découvrir
des trucs dans le jazz. Sinon, il y a Sylvain Vanot qui ma téléphoné pour que je
joue sur son prochain album. Ca mintéresse parce quil propose dessayer
de faire des prises live et de voir ce que ça donne. Cest marrant parce que
cest un musicien très très classique qui enregistre en studio et fait un truc
hyper clean et hyper lisse. Je voudrais pouvoir amener quelque chose de moins stable, de
moins fluide, de moins sûr dans ce quil fait. Quelque chose de douteux, qui
" craint " un peu
(rires)
- Et Nordheim, ton label de cassettes, tu as arrêté ?
Jai arrêté mais jaimerais bien reprendre. Cest long lair de
rien. Javais trop de choses en tête. Mais, surtout, jai le projet de faire un
label de flexi-disques. Le label sappellerait Précipité Bleu. Ca serait des flexis
bleus, un peu dans lesprit de Nordheim.