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AVANCE RAPIDE DECEMBRE 2001 |
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![]() DON CHERRY KRZYSZTOF PENDERECKI THE NEW ETERNAL RHYTHM ORCHESTRA: "Actions" (Wergo Spectrum, 1977 / réédition: Intuition 2001 / 9 plages / 40 min) Le
label Intuition vient de ressortir une des plus renversantes curiosités du free jazz des
années septante. En octobre 1971, au cours du festival allemand de Donaueschingen,
sest rassemblé le New Eternal Rhythm Orchestra un big band explosif à la
Globe Unity Orchsetra - formé par une quinzaine de francs tireurs du jazz libre :
Bennink, Breuker, Brötzmann, Mangelsdorff, Rypdal, Van Hove
Sur la face B, ce
collectif est placé sous la baguette du compositeur polonais Penderecki qui, en proposant
une série de motifs écrits (les Actions qui donnent leur nom à la composition et
au disque) tout en ménageant des espaces dimprovisation, vainc la méfiance des
sauvageons vis-à-vis dune mise en cage de leur liberté par les musiciens dits
"sérieux". Mais, surtout, sur la face A et le si bien nommé Humus
The Life Exploring Source, lorchestre accueille un Don Cherry presque chamanique
et fortement marqué par les enseignements de son maître ès ragas Pran Nath. A la fois
tellurique et aérien, Humus fait entrer en résonance les vibrations des musiques
jazz et traditionnelles comme dans Elements où les flûtes chinoise et maya de
Cherry dialoguent avec un tuyau en plastic quHan Bennink fait tournoyer au dessus de
lui. Les solos déchaînés de Brötzmann et le chant de la mystérieuse Loes
Macgillycutty lyrique et envolé sur Daisy McKee, intérieur et
mélancolique sur the Soul Of The Soil donnent corps à un des plus magiques
et revigorants moments de VIE de lhistoire de la musique enregistrée. Comme disait
Albert Ayler : Music Is The Healing Force Of The Universe ! [philippe] |
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![]() THE MOLDY PEACHES: "The Moldy Peaches" (Rough Trade, 2001 / 19 morceaux) " Indie boys are neurotic " : dès la première strophe
de Lucky Number Nine, la première des dix-neuf chansons du premier album des Moldy
Peaches, le ton est donné. Les pêches moisies improbable couple new-yorkais
formé par Kimya, une chanteuse déguisée en lapin et Adam, juvénile chanteur (vingt
ans) coiffé dun chapeau de Robin des Bois sont irrespectueuses, délurées,
gentiment trash et décalées. Mais leur album est surtout un des plus incroyables
exemples déclatement stylistique depuis les premiers singles des Zip Code Rapists
ou des Sick Ducks : les quelques déflagrations garage sous influence stoogienne (NYCs
Like A Graveyard) et raps blancs à la Beastie Boys (On Top) cohabitent sans
gène aucune avec dirrésistibles petites miniatures pop. Majoritairement chantés
en duo, Kimya et Adam y dialoguent avec décontraction des petites réalités qui font la
vie de la Grande pomme (les hippies et les yuppies, les cartoons et les soaps à la
télé, la nourriture et la drogue
), finissant ou commentant régulièrement les
phrases commencées par lautre. Et ces morceaux (tels Jorge Regula, Lucky
Charms ou Anyone Else But You) révèlent en Kimya lhéritière vocale la
plus convaincante de la Moe Tucker dAfter Hours et de Do It Right. Nos
deux post-adolescents décomplexés se sont sans doute bornés à écrire avec plaisir et
application des chansons qui leur correspondaient le mieux possible mais, alors quun
pan des musiques dites davant-garde dérive dangereusement vers les zones les plus
sordides de la branlette intellectuelle et de la frigidité musicale, leur foutoir
patraque prend des allures de manifeste et leurs tambourins, flûtes et instruments
doccasion se profilent comme les armes de la résistance. [philippe] |
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![]() "Orange Twin Field Works - Volume 1", (Orange Twin, 2001 / 1 plage / 34 min) Que diable peut bien pousser ces Américains
à aller enregistrer des fêtes populaires bulgares? La démarche peut être appréciable
tant cette musique est dune qualité et dune spontanéité liées à un vécu,
à une tradition extrêmement riche. Cependant, quand on saperçoit que cest
pour réunir des fonds destinés à la construction dun " village
solaire " (pour une certaine élite bio ?) en périphérie
dune grande ville outre-Atlantique, on peut se poser des questions. De plus, le
travail de studio met encore moins les musiciens en avant, les morceaux étant mixés, à
la façon des cds de djs, les uns dans les autres en un seul et
unique morceau. De cette approche contemporaine on retiendra la technique
denregistrement: des sons environnementaux, tels klaxons et moteurs de voitures,
chants et cris de passants qui viennent se confondre avec la musique. Cest là la
principale valeur de ce disque, qui met ainsi en avant laspect organique des hymnes
et des mélopées qui relient la mémoire individuelle à la mémoire collective.
Peut-être cette musique ne peut-elle par définition que soffrir aux techniques du field
recording qui capte léphémère, un instant de sa constante croissance, de son
rapport vital au contexte qui la fait naître (en opposition à lépouvantable
folk/celtic revival qui la vide de son contenu au profit dune forme figée).
Cest peut-être ceci que ces cyber-hippies perdus essaient de capturer dans
ces enregistrements: lessence du lieu, la relation particulière
quentretiennent avec lui ses habitants, qui sy réunissent et y communiquent,
son aspect singulier et son caractère unique, son potentiel de mémoire [1]. Les superbes carillons ambulants, chants
processionnels, danses populaires de ce disque ne font-ils pas échos aux sons des
véhicules de transport, des clochers, des bavardages, des chants de grand-mères et
denfants, des radios et des autres ordinateurs de nos villes ? [adrien] >> site Orange Twin |
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![]() RAFAEL TORAL: "Violence Of Discovery And Calm Of Acceptance" (Touch CD et Staubgold LP - , 2001 / 10 morceaux / 50 min) Le
quatrième album solo du Portugais Rafael Toral a été enregistré entre 1993 et 2000,
seulement à partir de sons de guitare électrique retravaillés. Il en résulte dix brefs
morceaux dambient aux précieux ondoiements intérieurs, au sein desquels la guitare
nest plus quun souvenir méconnaissable. En lespace de trois ou cinq
minutes, chaque morceau parcourt à son tour, avec précision et lenteur, les délices du
contraste entre oppression et abandon. On croit y entendre des frottements métalliques
entre étoiles (Desirée), des avions qui seraient éternellement sur le point de
décoller (Hay que trabajo me cuesta quererte como te quiero), des bénéfiques
turbulences de nuage gris (We are getting closer). Toral affirme même avoir inclus
dans le final Mixed states uncoded du silence capturé lors de la retransmission en
direct de la mission dune navette spatiale. En tout cas, "Violence of discovery
and calm of acceptance", quoique ne volant pas sensiblement plus haut que les
précédentes et déjà excellentes - sorties de Toral sur Moikai, Drag City ou
Perdition Plastics, présente une beauté dune profondeur unique. Magnifique endless
restrained storm. [gloria] |
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![]() TUJIKO NORIKO: "Shoji Toshi" (Mego 2001 / 10 morceaux / 43 min) Dans un lobe de mon cur, il y a un petit
recoin pour des musiques électroniques aux suavités aigres-douces. En 2000,
cétait Anne Laplantine / Michiko Kusaki, princesse bicéphale et hémi-japonaise,
qui avait régné sur ce petit royaume. En cet automne sans fin, elle y aura été
rejointe par une cousine de Tokyo qui nous propose dix chansons pop, délicates et
évanescentes, que jaurais a priori plutôt imaginé sur Angelika Koehlermann que
sur Mego mais qui, surtout, me touchent profondément. Au-delà de quelques mini-défauts
(une nappe dorgue un tantinet trop omniprésente sur le cinquième morceau, un chant
un rien trop apprêté sur Tokyo), "Shoji Toshi" laisse éclore une
proposition personnelle pour une forme de chanson électronique facile daccès mais
jamais niaise, plutôt rêveuse et dinclinaison légèrement mélancolique,
quasiment dépourvue de beats (mais pas de respirations) et qui, au bout de quelques
écoutes, dévoile une inventivité incontestable dans le détail des arrangements et dans
linsertion de micro-événements perturbateurs (grésillements, sifflements,
glissandos digitaux) dans ses lignes mélodiques. Il est ardu de chroniquer ce disque sans
renforcer les clichés habituels de la féminité, de notre vision du Japon et,
forcément, nos fantasmes sur la femme japonaise - délicatesse, calligraphie,
kimono, cérémonie du thé et tutti quanti
Comme les différents projets
dHaco (de After Dinner à Hohayo en passant par ses activités solo), la musique de
Tujiko Noriko est pourtant incontestablement féminine et japonaise. Mais, surtout, en ce
qui me concerne, elle prend sa place dans cette étrange forme dacupuncture sonore
où la caresse savère être la pratique thérapeutique la plus acérée pour
toucher mon centre nerveux. [philippe] |
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![]() VERT: "Nine Types Of Ambiguity" (Sonig, 2001 / 9 morceaux) Quoique ses
bizarreries électroniques étaient déjà connues du public grâce à quelques maxis et
à sa relecture de "The Köln Konzert" de Keith Jarrett, Vert navait pas
encore publié de véritable album. Cest chose faite avec "Nine Types Of
Ambiguity", neuf illustrations de sa "mooseic" à lui, neuf plages tournant
très vaguement autour du concept dambiguïté (entre analogique et numérique,
entre populaire et pointu, entre skateboard et musique expérimentale). Adam Butler étant
le Britannique le plus proche de Mouse On Mars, il est bien sûr question ici de rythmes
triturés, de mélodies sautillantes et dattitude ludique. Mais, puisque il
nest pas (encore?) devenu tel le duo de Cologne, ses compositions restent
animées dun sympathique charme sonore. Les zones obscures ne manquent pas (noise,
spoken-word murmuré, ambient subtil) mais arrivent toujours à faire place, avec une
surprenante élégance, à des belles trouvailles aériennes (cordes samplées par-ci,
sorte daccordéon imparable par-là). Très coloré, donc, et clairement Vert. [gloria] |
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