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AVANCE RAPIDE
CHRONIQUES COURTES

DECEMBRE 2001


> CHERRY - PENDERECKI
> THE MOLDY PEACHES
> ORANGE TWIN FIELD WORKS

> POP OFF TUESDAY
> RAFAEL TORAL
> TUJIKO NORIKO
> VERT


> >>ffwd novembre 2001

cherry_pend80.jpg (6113 octets)


DON CHERRY – KRZYSZTOF PENDERECKI – THE NEW ETERNAL RHYTHM ORCHESTRA: "Actions"
(Wergo – Spectrum, 1977 / réédition: Intuition 2001 / 9 plages / 40 min)

Le label Intuition vient de ressortir une des plus renversantes curiosités du free jazz des années septante. En octobre 1971, au cours du festival allemand de Donaueschingen, s’est rassemblé le New Eternal Rhythm Orchestra un big band explosif – à la Globe Unity Orchsetra - formé par une quinzaine de francs tireurs du jazz libre : Bennink, Breuker, Brötzmann, Mangelsdorff, Rypdal, Van Hove… Sur la face B, ce collectif est placé sous la baguette du compositeur polonais Penderecki qui, en proposant une série de motifs écrits (les Actions qui donnent leur nom à la composition et au disque) tout en ménageant des espaces d’improvisation, vainc la méfiance des sauvageons vis-à-vis d’une mise en cage de leur liberté par les musiciens dits "sérieux". Mais, surtout, sur la face A et le si bien nommé Humus – The Life Exploring Source, l’orchestre accueille un Don Cherry presque chamanique et fortement marqué par les enseignements de son maître ès ragas Pran Nath. A la fois tellurique et aérien, Humus fait entrer en résonance les vibrations des musiques jazz et traditionnelles comme dans Elements où les flûtes chinoise et maya de Cherry dialoguent avec un tuyau en plastic qu’Han Bennink fait tournoyer au dessus de lui. Les solos déchaînés de Brötzmann et le chant de la mystérieuse Loes Macgillycutty – lyrique et envolé sur Daisy McKee, intérieur et mélancolique sur the Soul Of The Soil – donnent corps à un des plus magiques et revigorants moments de VIE de l’histoire de la musique enregistrée. Comme disait Albert Ayler : Music Is The Healing Force Of The Universe ! [philippe]
>> site Intuition
>> discographie Don Cherry

moldy_pochette80.jpg (5454 octets)


THE MOLDY PEACHES: "The Moldy Peaches"
(Rough Trade, 2001 / 19 morceaux)

Indie boys are neurotic " : dès la première strophe de Lucky Number Nine, la première des dix-neuf chansons du premier album des Moldy Peaches, le ton est donné. Les pêches moisies – improbable couple new-yorkais formé par Kimya, une chanteuse déguisée en lapin et Adam, juvénile chanteur (vingt ans) coiffé d’un chapeau de Robin des Bois – sont irrespectueuses, délurées, gentiment trash et décalées. Mais leur album est surtout un des plus incroyables exemples d’éclatement stylistique depuis les premiers singles des Zip Code Rapists ou des Sick Ducks : les quelques déflagrations garage sous influence stoogienne (NYC‘s Like A Graveyard) et raps blancs à la Beastie Boys (On Top) cohabitent sans gène aucune avec d’irrésistibles petites miniatures pop. Majoritairement chantés en duo, Kimya et Adam y dialoguent avec décontraction des petites réalités qui font la vie de la Grande pomme (les hippies et les yuppies, les cartoons et les soaps à la télé, la nourriture et la drogue… ), finissant ou commentant régulièrement les phrases commencées par l’autre. Et ces morceaux (tels Jorge Regula, Lucky Charms ou Anyone Else But You) révèlent en Kimya l’héritière vocale la plus convaincante de la Moe Tucker d’After Hours et de Do It Right. Nos deux post-adolescents décomplexés se sont sans doute bornés à écrire avec plaisir et application des chansons qui leur correspondaient le mieux possible mais, alors qu’un pan des musiques dites d’avant-garde dérive dangereusement vers les zones les plus sordides de la branlette intellectuelle et de la frigidité musicale, leur foutoir patraque prend des allures de manifeste et leurs tambourins, flûtes et instruments d’occasion se profilent comme les armes de la résistance. [philippe]
>> site Moldy Peaches
>> site Rough Trade

otfr_bulgaria80.jpg (4839 octets)




"Orange Twin Field Works - Volume 1",
(Orange Twin, 2001 / 1 plage / 34 min)

Que diable peut bien pousser ces Américains à aller enregistrer des fêtes populaires bulgares? La démarche peut être appréciable tant cette musique est d’une qualité et d’une spontanéité liées à un vécu, à une tradition extrêmement riche. Cependant, quand on s’aperçoit que c’est pour réunir des fonds destinés à la construction d’un " village solaire " (pour une certaine élite bio ?) en périphérie d’une grande ville outre-Atlantique, on peut se poser des questions. De plus, le travail de studio met encore moins les musiciens en avant, les morceaux étant mixés, à la façon des cd’s de dj’s, les uns dans les autres en un seul et unique morceau. De cette approche contemporaine on retiendra la technique d’enregistrement: des sons environnementaux, tels klaxons et moteurs de voitures, chants et cris de passants qui viennent se confondre avec la musique. C’est là la principale valeur de ce disque, qui met ainsi en avant l’aspect organique des hymnes et des mélopées qui relient la mémoire individuelle à la mémoire collective. Peut-être cette musique ne peut-elle par définition que s’offrir aux techniques du field recording qui capte l’éphémère, un instant de sa constante croissance, de son rapport vital au contexte qui l’a fait naître (en opposition à l’épouvantable folk/celtic revival qui la vide de son contenu au profit d’une forme figée). C’est peut-être ceci que ces cyber-hippies perdus essaient de capturer dans ces enregistrements: l’essence du lieu, la relation particulière qu’entretiennent avec lui ses habitants, qui s’y réunissent et y communiquent, son aspect singulier et son caractère unique, son potentiel de mémoire [1]. Les superbes carillons ambulants, chants processionnels, danses populaires de ce disque ne font-ils pas échos aux sons des véhicules de transport, des clochers, des bavardages, des chants de grand-mères et d’enfants, des radios et des autres ordinateurs de nos villes ? [adrien]
[1] voir Marc AUGE " 
Non-lieux " (Paris, 1992)
>> site Orange Twin

pop_off_80.jpg (4477 octets)


POP OFF TUESDAY "Pop Off Tuesday"
(Pickled Egg, 1998 / 12 morceaux).

Pickled Egg est sans doute un des labels qu'il faut protéger des vents et des tempêtes car ses disques nous font pousser des cris de joie depuis longtemps. A part le free jazz yaourt de Bablicon, les miniatures de musique de chambre de Big Eyes et le célébrissime Daniel Johnston il vous faut absolument jeter un coup d'oreille au duo japonais Pop Off Tuesday. Hiroki (responsables des petits bruits et autres cliquetis éléctroniques) et Minori (Chanteuse et guitariste) ont déjà sorti deux Ep's et cet album. Même s'il est sorti il y a plus de deux ans, cela fait quelques semaines que ce dernier n'a pas quitté ma platine et je commence à me demander quelles sont les raisons d'un tel engouement. Peut-être mon enthousiasme vient du fait que cette musique combine avec équilibre une sensibilité pop - c'est à dire de très belles mélodies et des rythmiques précises et métronomiques - avec des sons électroniques surprenants et ludiques. Grâce à des morceaux comme The Sea And Poison ou This Old Lady avec leurs notes discrètes, pleines d'humour et de légèreté j'ai découvert qu'une chanson pop peut être mélancolique tout en gardant un entrebâillement pour la dérision et le sourire. Dans ce disque rien ne me semble surfait, on ressent que cette musique a été conçue comme ces objets artisanaux fragiles qui ont l'air d'être si faciles à fabriquer soi-même et qui pourtant cachent tellement de détails complexes et inattendus. [david]
>> site Pickled Egg

toral_violence80.jpg (2327 octets)


RAFAEL TORAL: "Violence Of Discovery And Calm Of Acceptance"
(Touch – CD – et Staubgold – LP - , 2001 / 10 morceaux / 50 min)

Le quatrième album solo du Portugais Rafael Toral a été enregistré entre 1993 et 2000, seulement à partir de sons de guitare électrique retravaillés. Il en résulte dix brefs morceaux d’ambient aux précieux ondoiements intérieurs, au sein desquels la guitare n’est plus qu’un souvenir méconnaissable. En l’espace de trois ou cinq minutes, chaque morceau parcourt à son tour, avec précision et lenteur, les délices du contraste entre oppression et abandon. On croit y entendre des frottements métalliques entre étoiles (Desirée), des avions qui seraient éternellement sur le point de décoller (Hay que trabajo me cuesta quererte como te quiero), des bénéfiques turbulences de nuage gris (We are getting closer). Toral affirme même avoir inclus dans le final Mixed states uncoded du silence capturé lors de la retransmission en direct de la mission d’une navette spatiale. En tout cas, "Violence of discovery and calm of acceptance", quoique ne volant pas sensiblement plus haut que les précédentes – et déjà excellentes - sorties de Toral sur Moikai, Drag City ou Perdition Plastics, présente une beauté d’une profondeur unique. Magnifique endless restrained storm. [gloria]
>> site Rafael Toral
>> site Staubgold
>> site Touch

tujiko_noriko80.jpg (3303 octets)



TUJIKO NORIKO: "Shoji Toshi"
(Mego 2001 / 10 morceaux / 43 min)

Dans un lobe de mon cœur, il y a un petit recoin pour des musiques électroniques aux suavités aigres-douces. En 2000, c’était Anne Laplantine / Michiko Kusaki, princesse bicéphale et hémi-japonaise, qui avait régné sur ce petit royaume. En cet automne sans fin, elle y aura été rejointe par une cousine de Tokyo qui nous propose dix chansons pop, délicates et évanescentes, que j’aurais a priori plutôt imaginé sur Angelika Koehlermann que sur Mego mais qui, surtout, me touchent profondément. Au-delà de quelques mini-défauts (une nappe d’orgue un tantinet trop omniprésente sur le cinquième morceau, un chant un rien trop apprêté sur Tokyo), "Shoji Toshi" laisse éclore une proposition personnelle pour une forme de chanson électronique facile d’accès mais jamais niaise, plutôt rêveuse et d’inclinaison légèrement mélancolique, quasiment dépourvue de beats (mais pas de respirations) et qui, au bout de quelques écoutes, dévoile une inventivité incontestable dans le détail des arrangements et dans l’insertion de micro-événements perturbateurs (grésillements, sifflements, glissandos digitaux) dans ses lignes mélodiques. Il est ardu de chroniquer ce disque sans renforcer les clichés habituels de la féminité, de notre vision du Japon et, forcément, nos fantasmes sur la femme japonaise - délicatesse, calligraphie, kimono, cérémonie du thé et tutti quanti… Comme les différents projets d’Haco (de After Dinner à Hohayo en passant par ses activités solo), la musique de Tujiko Noriko est pourtant incontestablement féminine et japonaise. Mais, surtout, en ce qui me concerne, elle prend sa place dans cette étrange forme d’acupuncture sonore où la caresse s’avère être la pratique thérapeutique la plus acérée pour toucher mon centre nerveux. [philippe]
>> site Mego

vert80.jpg (2099 octets)


VERT: "Nine Types Of Ambiguity"
(Sonig, 2001 / 9 morceaux)

Quoique ses bizarreries électroniques étaient déjà connues du public grâce à quelques maxis et à sa relecture de "The Köln Konzert" de Keith Jarrett, Vert n’avait pas encore publié de véritable album. C’est chose faite avec "Nine Types Of Ambiguity", neuf illustrations de sa "mooseic" à lui, neuf plages tournant très vaguement autour du concept d’ambiguïté (entre analogique et numérique, entre populaire et pointu, entre skateboard et musique expérimentale). Adam Butler étant le Britannique le plus proche de Mouse On Mars, il est bien sûr question ici de rythmes triturés, de mélodies sautillantes et d’attitude ludique. Mais, puisque il n’est pas (encore?) devenu tel le duo de Cologne, ses compositions restent animées d’un sympathique charme sonore. Les zones obscures ne manquent pas (noise, spoken-word murmuré, ambient subtil) mais arrivent toujours à faire place, avec une surprenante élégance, à des belles trouvailles aériennes (cordes samplées par-ci, sorte d’accordéon imparable par-là). Très coloré, donc, et clairement Vert. [gloria]
>> site Vert
[très beau]
>> site Sonig
[tout aussi beau]


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