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AVANCE RAPIDE NOVEMBRE 2001 |
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![]() BLACK STAR & LUCKY STAR MUSICAL CLUBS: "Nyota. Classic Taarab recordings from Tanga" (Mbwana Radio - Ace Records - Globe Style, 1989 / 12 morceaux / 44') Dans les années 1960, dans la ville de Tanga, non loin de Zanzibar, deux groupes aux noms sublimes opèrent une véritable révolution musicale. Sappropriant le " taarab ", un genre des populations swahili des côtes dAfrique de lEst joué à loccasion des mariages, pour le croiser avec les éléments modernes dune musique dansante, le Black Star Musical Club et le Lucky Star Musical Club inventent une musique hybride, entre tradition locale et pop décalée. Greffant une instrumentation originale (guitare, basse, orgue, accordéon) et des influences étrangères sur un fond très ancré dans la culture musulmane, qui limitait jusque là lexpansion du genre, ces Clubs confient linterprétation de leurs morceaux à quelques chanteuses au charisme puissant (Shakila, Ursula ou la magnifique Sharmila, dont la photo orne la pochette), auxquelles répondent parfois des voix masculines. Résultat : des joyaux improbables, chansons damour à la fois rythmées et lancinantes, dansantes et hypnotiques et un son aux résonances incroyables. A la croisée des influences africaines et occidentales, truffés de sons irrésistibles, ces douze morceaux enregistrés entre 1969 et 1976 évoquent parfois les meilleurs volumes de la série "Ethiopiques", autre versant de lexploration noire de certaines sonorités du nord. [xavier] |
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![]() LA BUENA VIDA: "Hallelujah!" (Siesta, 2001 / 11 morceaux / 35') La Buena Vida, ou le groupe auquel lhistoire de la musique pop espagnole doit un de ses disques les plus bêtement joyeux ("La Buena Vida", pop fraîche et naïve à linsouciance infinie) et un de ses plus terriblement tristes (le sophistiqué "Soidemersol" avec ses arrangements orchestraux et son désespoir inépuisable). Ces six jeunes de San Sebastian, qui sont aussi auteurs de deux brillants maxis de pop synthétique ("Magnesia" et "Eureka"), et de deux autres disques longue durée ("Los mejores momentos" et son indie-pop charmeuse et "Panorama" ou luvre la plus précieuse qui ait jamais été introduite par la phrase " Je déteste le monde entier / du début à la fin ") sont un des rares groupes a avoir réussi à marier une certaine sensibilité indie avec la langue espagnole, des inquiétudes très années nonante (comme la passion pour Marvin Gaye et Nick Drake) avec la sagesse de la meilleure pop espagnole des années quatre-vingt. La Buena Vida la fait au long dun parcours marqué par lintégrité (restant fidèle au label indépendant Siesta) et le bon goût (cf. leurs pochettes), créant un style et un son qui leur sont propres et qui trouvent leur plus brillant épanouissement avec "Hallelujah!". Oui, "Hallelujah!" comme un cri de joie, merveilleux sentiment dêtre arrivé là où toutes complexités du songwriting pop ne servent quune cause, celle de simmiscer dans le cur de lauditeur pour y griffer le désenchantement, juste avant de le caresser pour lui redonner les plus beaux espoirs, juste avant de létrangler pour lui faire sincèrement part du désarroi général. Bref, celle de vous renouveler émotionnellement à chaque écoute. Enregistré avec la participation de lorchestre philharmonique de la ville de Prague, "Hallelujah!" propose 35 minutes de jolies guitares, de très jolies touches de piano, de super jolies cordes et dhyper joli et gentil - xylophone, où sintègrent, se répondent et sadditionnent les voix graves de Irantzu et de Mikel. La Buena Vida y fait ce quils ont appris à si bien faire (des chansons pour tomber amoureux à la folie chantées par Mikel, des chanson pour ne plus jamais être si insensés chantées par Irantzu) et se laisse tenter par de nouveaux défis: de grands duos, de la pop religieuse-ludique, et - il était temps - un hit grandiose (¿Qué nos va a pasar?, dont lentraînant refrain se traduit par " Quand le temps sera passé / tu trouveras quelquun dautre / et tu moublieras / rien de plus normal / même si ça fait mal / cest ce qui arrive tout le temps / nous on sefforce juste / de faire semblant"). Que la bonne vie soit avec vous. [gloria] >> site Siesta |
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Après un album sorti sur (k-raa-k)3 lan dernier
"Flick", manipulations de guitares moyennement réussies -, le Finlandais Es
(alias Sami Sänpäkkilä) sort sur son propre label Fonal Records une petite merveille.
Inspiré par un concert bruxellois de Philip Jeck et Janek Schaefer (dont il assurait la
première partie), Sami sest essayé au platinisme
le résultat est
convaincant. Sur les quelques plages hypnotiques de "A Love Cycle", Es progresse
à tâtons, entre nappes brumeuses et rythmiques quasi sautillantes, découvrant ses
propres moyens presque en même temps que lauditeur. Quelques disques vinyles, un
sampler, des effets et lune ou lautre intervention dune voix féminine
composent ce disque à la sensibilité adolescente exacerbée, dont les défauts (quelques
longueurs, une naïveté soulignée) sont presque aussi attachants que les qualités. [xavier] |
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![]() FAN CLUB ORCHESTRA : "Vol. 2" (LP / Résidence Baudoux, 2001 / 8 morceaux) Regroupant une petite dizaine de (non-)musiciens autour des frères Baudoux (Scratch Pet Land), le Fan Club Orchestra se voulait initialement un projet live : une sorte de fanfare - électronique et débridée - de joueurs de Game Boy, répondant à des instructions simples distillées par un chef dorchestre muni dun rétroprojecteur. Détournant les fonds quune galerie lui avait alloué pour une expo, Sun Papa (Laurent Baudoux) avait déjà sorti une première compilation vinyl dextraits de concerts donnés à lautomne 1999. Ce "Vol. 2" ne reprend plus quun morceau live, tous les autres étant nés dun ré-agencement ultérieur de ces sons live. On retrouve ici les différents courants qui irriguent le travail de Scratch Pet Land (par exemple leur excellent " Solo soli ii iii " - Sonig 2001) : une connaissance et appréciation intime du free jazz (Sun Ra est un des papys spirituels de Sun Papa et le FCO serait très flatté dêtre rebaptisé Fan Club Arkestra) et des portes grandes ouvertes aux incursions ludiques et enfantines (la petite Mika dont le hoquet apparaissait sur "Solo soli ii iii" fait des bulles sur "Vol. 2"). Tout le disque tire sa force de la simplicité du dispositif : dialogues avenants entre sons électroniques et réels (flûte, percussions nord-africaines, tube en plastique ), oppositions fécondes entre motifs unificateurs (boucles, répétitions et nappes sonores) et éléments chaotiques ou perturbateurs. On citera les tintements métalliques sur le deuxième morceau de la face blanche ou le hit lyrique et enchanteur qui clôt cette même face. Craignant de sengluer dans un procédé ou de perdre sa spontanéité, le groupe a récemment décidé de ne pas poursuivre ses expériences collectives sous cette forme. "Vol. 2" demeure un document convaincant de la fin de leurs activités. [philippe] >> e-mail Résidence Baudoux |
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![]() ISHINABE: "1" et "2" tous deux: (autoproduction, 2001 / 1 plage / 45 min) Composé de
Terence Hacker, pirate sonore aux pratiques relativement inavouables, et de trois membres
de Grinberg, sextet bruxellois post-rock (si ce terme a encore un sens) - dont
linfatigable Boris Gronemberger, actuel guitariste de Françoiz Breut, impliqué par
ailleurs dans Grand Piano, Chacda, Draft et V.O. -, Ishinabe se présente comme un quatuor
dimprovisation électronique. Le mot " improvisation " a ici son
importance : sur ces deux CD-R, deux sessions denregistrement présentées
telles quelles, sans coupe, la musique dIshinabe introduit un élément de
discontinuité dans le flux électronique, mettant en avant linteraction entre les
musiciens. "1" débute sur des sonorités mélancoliques au clavier pour
évoluer vers une atmosphère bruitiste qui nexclut pas le burlesque. Plus apaisé,
peut-être même plus décoratif, "2" use aussi dimposantes infra-basses
et daigus persistants. [xavier] |
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![]() RED: "Songs From A Room" (Rectangle, 2001 / 10 morceaux / 45 min) Après un premier album, "Felk", remarquable et remarqué, où Olivier Lambin posait sa voix fracassée sur un mélange de blues à la Blind Willie Johnson et d'electronica à la Oval, voici venir le deuxième album de Red, album-concept intitulé "Songs from a room". Ce titre évoquera peut-être quelque chose aux amoureux de la pop-music : de même que "Felk" proposait déjà deux reprises de Hank Williams et des Talking Heads sur son premier opus, ce nouvel album est la reprise dans son intégralité de l'album de 1969 de Leonard Cohen, "Songs from a room". Et comme sur "Felk", cet art de la reprise s'apparente ici plus à une re-création totale, l'appropriation objective et subjective d'un classique de notre culture occidentale, pour lui donner à la fois une nouvelle identité et une nouvelle portée. De mémoire de critique, on n'avait jamais repris ainsi intégralement un album original, et le résultat très réussi artistiquement, sera sans doute considéré théoriquement comme un jalon dans l'histoire de la musique : faire de la relecture une véritable création. [extrait de la chronique de Wilfried pour Chronicart] >> chronique intégrale >> site Rectangle |
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![]() (SMOG): "Rain On Lens" (Drag City-Domino, 2001 / 10 morceaux / 38 min) Bill Callahan est sans doute un homme à lesprit tordu, ou bien tout
simplement un génie de la musique. "Rain On Lens" a le mérite de confirmer
dun coup ces deux théories, et de le faire avec une déroutante simplicité
apparente. Un son de guitare inquiétant, un peu de batterie et une voix rauque qui
commente que "Rain on lens /... / boom in frame / ... / all is ruin":
cest le prélude qui lance cette nouvelle machine de réinvention de chansons
introspectives, cliniquement froides et rigoureusement noires. Un rythme inquiétant, un
riff obsessif presque hard rock, la voix de camionneur de Callahan qui joue au romantique
vicieux et puis se laisse porter par une poésie presque abstraite: Rain On Lens
nest que le premier des trois morceaux du disque qui optent pour un hypnotique
martèlement des sens. Enregistré en très peu de temps - comme pour garantir la
nonchalance rocknroll de lambiance - mais par une brillante équipe
(construite autour de Pat Samson, batteur de U.S. Maple, du bassiste Geoff Greenberg et du
guitariste Rick Rizzo), pour assurer son caractère incisif, le successeur de "Dongs
of Sevotion" sonne moins dense, est plus court (pas plus de 38 minutes au total),
mais possède tous les éléments pour être aussi essentiel que le meilleur Smog. On y
trouve un blues fantasmagorique (Dirty Pants), une lente promenade somnambule (Lazy
Rain), de lindie-rock pervers (Short Drive), un gospel squelettique pour
pécheurs (Live As If Someone Is Always Watching You) et un bête morceau dont on
sait quil finira obligatoirement par nous faire danser à deux dans toute fête de
famille ratée à lavance (Revanchism). Pour encore augmenter notre plaisir,
on y entend aussi le hautbois de Kyle Bruckmann, la flûte de Nate Lepine et le violon de
Jessica Balley, à chaque fois juste quand on les attendait le moins. De quoi finir par
admettre que derrière le côté brut de la pochette, derrière ce regard qui se veut tour
à tour glaçant, obscène, tendre et cynique, se cachent à nouveau les clés dune
beauté unique. [gloria] |
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![]() SODASTREAM: "The Hill For Company" (Tugboat, 2001 / 11 morceaux / 44 min) "It seems, my friends, that all my strength has gathered up and left
me". Cest avec ces mots que la voix douce et nasillarde de Karl Smith ouvre
le deuxième disque longue durée du duo le plus prometteur de la pop australienne.
Sodastream, donc. Le duo de Perth qui est surtout connu comme "ceux qui sonnent comme
Belle & Sebastian mais en plus lent" et qui avec le précédent "Looks Like
A Russian" et sa pop lo-fi à la guitare acoustique et contrebasse avait obligé à
manier les noms de Nick Drake et des Pale Fountains. "The Hill For Company"
présente un son moins dépouillé, peut-être moins direct, mais il y est encore question
ici, bien sûr, de douce mélancolie, de gentillesse et dintimisme. Limportant
étant que, malgré les confessions de Smith, la force est bel et bien encore avec lui. La
force de faire voler ses compositions dans linsouciance (Fresh One), de les
percer avec des cordes (Trouble On The Railway, Another Trial), de le
retordre (Real Prince et son passage noise acoustique) ou de le plier aux
besoins de ce magnifique spécial guest appelé batterie (Welcome Throw, A
Drum), pour toujours les faire rebondir sur vos oreilles. Des chansons qui - et là
réside probablement un de leur grands charmes - sous des apparences dhumble récit
du quotidien, sont un recueil de sympathiques trouvailles presque métaphysiques, à
découvrir chez soi par une belle nuit dhiver. Sur le disque précédent avaient
déjà trouvé occasionnellement leur place des sujets comme la nécessité de nettoyer le
sang qui était resté aux toilettes. The Hill Of Company regorge de références au
paradis, à lenfer, au remords, à la prière pour des jours meilleurs ou au soudain
besoin sentimental de commettre un homicide. Comme sils savaient que sonner de
manière de plus en plus chaleureuse nempêche pas de gagner en profondeur. Comme si
sétait le meilleur groupe australien du moment. Pour ces chers petits moments de
solitude, Sodastream for company. [gloria] |
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![]() KEITH TIPPET: "The Dartington Concert" (EG Editions, 1992 / 1 plage / 45 min) Nous gardons le souvenir du piano de
Keith Tippet suite à sa participation à laventure de King Crimson. Les sursauts de
son jeu fabuleux dans des chansons comme Cat Food ou Bolero se trouvent
parmi les meilleurs moments de notre adolescence. Quelques années après nous avons
découvert que Tippet était le responsable dune série dalbums improvisés en
solitaire dont ce concert enregistré en 1990 au Great Hall de Dartington avec un Steinway
aussi brun que centenaire. Le disque se compose dune seule pièce de trois quarts
dheure dédiée à la mémoire du saxophoniste sud-africain Dudu Pukwana, mort en
1989. |
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