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AVANCE RAPIDE
CHRONIQUES COURTES

AVRIL 2002



> ACETATE ZERO + INVITES
> ALEJANDRA & AERON
> ASTRUD
> BIRCHVILLE CAT MOTEL
> CAMPBELL & YOUNGS
> MATHEMATIQUES MODERNES
> OWEN




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acetatezero80.jpg (6268 octets)


ACETATE ZERO (+ invités): "Pieces In Trouble"

(Album / 8 morceaux / 35 minutes / Arbouse Recordings, 2001)

Troublée, on peut l’être dès Mill Valley Revisited, hypnotique instrumental au rythme percutant, aux guitares tristes et arrangements divins. On se calmera cependant tout de suite après, lorsque s’installe Permanent Snow et son chant féminin susurré avec nonchalance indie: trois fois rien en guise d'accompagnement, et voilà que la mélancolie du monde entier pointe son nez à votre fenêtre, vêtue de blanc. Cette chanson est le morceau phare de "Pieces In Trouble", faux deuxième album d’Acetate Zero composé de trois nouvelles compositions et de cinq remix. Le trio français, dont le précédent album, "Softcore Paradise" (Orgasm, 1999) a été réédité par Slumberland, est bien connu des amateurs de pop intime, qui l'ont déjà croisé sur les compilations "Bucolique" d’Arbouse et "Prosaical" d’Orgasm. Mais revenons à nos remix: Rothko transforme Permanent Snow en une série de très jolis petits sons, D. Infusion s’amuse à se prendre pour la boîte à rythmes d’Arab Strap, Köhn déconstruit comme il mange des carottes, Robert Lippock danse froidement avec l'Agent Zero (instrumental très discret d’Acetate Zero qu’on a déja croisé plus haut – si, si, je vous jure), et Eglantine nous ramène à coups de disco à l’hypnose de l’ouverture. Finalement, le disque est donc plus proche de Llips que de Below The Sea et se sentira de toute façon à la maison très près du "Cold House" de Hood, là où on a pas peur de voir son âme se défaire en petits morceaux - encore et encore - selon une vitesse chaque fois différente. [gloria]
>> site Arbouse recordings

tale_pip80.jpg (3365 octets)


ALEJANDRA & AERON: "The Tale Of Pip"

(Livre-CD / 8 plages – 16 pages / 40 minutes / Lucky Kitchen, 2001)

Si vous avez plus de trente ans - et que vous n'êtes pas fils ou fille de soixante-huitards anti-globalistes -, votre enfance a du être peuplée par une série de livres-45t qui exploitaient le catalogue d'histoires de l'oncle Walt. A chaque tintement de clochette, il s'agissait de tourner une page du livret. Alejandra Salinas et Aeron Bergman proposent aujourd'hui un conte discographique un peu plus underground et singulier qui fait plutôt écho au livre-45t sorti par le collectif de graphistes suisses Silex ou à la légende grecque mise en encre et en musique par quatre habitués de l'ancienne herboristerie de Deux Acren. Comme à son accoutumée, le couple de musiciens s'est investi à chaque étape de la création: de l'écriture (une relecture en "copié / collé" vieille méthode – "ciseaux / pot de colle" – d'un conte existant) à la mise en page et à l'impression du superbe objet sur les anciennes stencileuses d'Extrapool à Nijmegen. A la suite de leurs disques de "field recordings" et de musique électronique pour enfants, ce disque poursuit la réflexion d'Alejandra et Aeron sur la parole, la communication entre les générations et le passage de témoins culturels (histoires, mélodies, folklore… ) des mains analogiques des aînés aux prothèses technologiques des plus jeunes. Ainsi, c'est la propre mère d'Aeron qui récite ici la quête de bonheur de Pip, le petit elfe facétieux. Fort intelligemment, les géniteurs de ce projet ont laissé une place pour chaque élément sans s'obstiner à tout vouloir mixer dans la panade multimédia. Il y a des pages de texte, des pages illustrées, des plages parlées, des plages d'électronique buissonnière et, après le premier ravissement des images, le disque reste aussi convaincant comme support de lecture que comme pur objet sonore. [philippe]

astrud80.jpg (7953 octets)


ASTRUD: "Gran fuerza"

(Album / 10 morceaux / Austrohúngaro-Chewaka-Virgin)

Manolo Martínez et Genís Segarra étaient faits l'un pour l'autre, se sont rencontrés lors d'un concert de Pulp et en sont déjà à leur deuxième disque sous le nom d'Astrud. Manolo, le chanteur, a pris l'habitude de monter sur scène en pull noir, slip et chaussures de femme à talons aiguille. Genís, responsable de la programmation, a trouvé la clé pour faire de la pop électronique légèrement retro, mais de plus en plus absolument moderne. Depuis "Mi fracaso personal" (99) ["Mon échec personnel"] nous sommes tous devenus plus mûrs et plus intelligents. Eux, ils ont beaucoup travaillé à leur propre label, Austrohúngaro, qui défend à Barcelone une certaine idée de la musique comme moyen de communication entre êtres humains lucides, sensibles et bien habillés qui auraient envie de danser. Nous, nous avons appris à suivre avec les lèvres leurs paroles à la complexité baroque partant dans toutes les directions - de préférence à contresens! - à la manière d'un Sr. Chinarro en transe amoureuse. "Gran fuerza" ["Grande force", du nom d'un restaurant chinois], c'est dix nouvelles chansons d'empathie générationnelle en espagnol, du dégoût du monde et de soi emballés sous pop plastique, du romantisme fou aux arrangements classiques (cordes et trompettes accueillies bras ouverts) et même des "protest-songs" tendance "house" (dont l'essentielle "La boda" et sa ritournelle: "Ne vous mariez pas! Allons plutôt boire un verre"). Source de bien-être, improbable leçon de richesse morale, "Gran fuerza" est conseillé pour le maintien d'une peau souple, ainsi que pour la préservation du bon goût sur cette planète. [gloria]

BCM_prayers80.jpg (10876 octets)


BIRCHVILLE CAT MOTEL: "We Count These Prayers... "
(Album / 64 min / Corpus Hermeticum, 2001)

Album de la consécration pour Campbell Kneale, le néo-zélandais qu’il ne faut pas confondre avec l’autre maître des abîmes introspectifs qu’est l’anglais Neil Campbell, bien que le jour où ils se sont échangés leurs adresses ils se soient tous les deux aperçus qu’au-delà de la proximité de leurs noms, ils vivaient dans un quartier au nom identique, à des milliers de miles l’un de l’autre. Après d’innombrables sorties cdrs sur son propre label C/PSI/P et des LPs sur des labels toujours étrangers[1], le représentant le plus convoité de la jeune génération néo-zélandaise accouche enfin de son premier CD au panthéon du label Corpus Hermeticum. Cet album s’avère peut-être ainsi être le disque de la maturité. Là où les disques précédents pouvaient s’avérer d’une noirceur et d’une violence extrême et nécessaire (on pense au morceau d’anthologie avec le saxophone sur une des face du LP sur BWCD), et où des CD-R plus doux, comme celui relatant une session d'improvisation de subtils sons acoustiques sur la plage (la sonorité de jouet cassé du dernier morceau du disque présent s’y rattache) étant de nature assez claustrophobes, ce disque semble symboliser, au-delà de tout lieu commun, la lumière au bout du tunnel. Il ne sert plus à rien d’essayer de faire mieux dans le genre, ce disque à l’excellence d’un point final. La musique de Birchville Cat Motel a le génie de nous révéler la musicalité des bruits qui nous entourent, la nuisance venant se noyer dans un doux flot musical. Les drones, résonances de guitares aux notes répétitives, sont par leur luminosité guère éloignés des plus éthérés Stars of The Lid mais sont beaucoup plus profonds, tellement le poids de l’expérience sombre de laquelle ils émanent nous rattache à la terre. Ce disque à la basse sombre rayonne d’un calme bienfaiteur. [adrien]

[1] De Freedom Form à Ecstatic Peace en passant par Betley Welcomes Careful Drivers.

campbell_youngs80.jpg (10513 octets)


NEIL CAMPBELL & RICHARD YOUNGS: "How The Garden Is
"
(Album / 8 morceaux / Harpenden, 2001)

Des fleurs métalliques se promènent dans le jardin. Elles rebondissent sur elles-mêmes (Blossom 1), dansent la danse du ventre en se glissant par terre (Holly Bush Lane), se jettent à l’eau et rident la froide surface du lac (Short As Rabbits). Puis elles tissent un discordant dialogue (June Shrubbery), battent des ailes bêtement en essayant de décoller (Cluster Cup Rubra), trouvent un instable point d’appui sur la pointe des pieds. Et ça continue, jusqu’au moment où ça recommence plus ou moins pareil. L’ambiance est d’une beauté fracturée, toujours intrigante, gaie parfois, semblable à celle qu’auraient pu créer Richard Youngs et Neil Campbell (Vibracathedral Orchestra) s’ils avaient enregistré à deux un disque (un peu rustique, un peu orientalisant, très particulier) plein de percussions à l’Hangedup, de drones brisés et de mandolines, de flûtes enrhumées ou encore de fleurs métalliques, l’avaient titré "How The Garden Is" et l’avaient publié sur vinyle avec une belle pochette conçue par Youngs lui-même. Si vous pensez que derrière un jardinier peut toujours se cacher un assassin, ne fut-ce que de clichés et de légumes, le jardin vous attend. [gloria]

matmod80.jpg (9056 octets)


MATHEMATIQUES MODERNES: "Disco-Rough / a+b=c
"
(7" / 2 morceaux / 8 min / Dorian, 1980)

Ce single datant de mai 1980 est sorti en prélude à l’unique album du groupe paru en 1981 - nous ne l’avons pas encore écouté, mais cela ne devrait trop tarder. Nous pouvons dire qu’avec le duo Mathématiques Modernes nous tenons un véritable représentant de la french-électro-pop millésimée 1980, un son auquel les productions du label Dorian ont fortement contribué. Il faut rendre justice à ce courant d’une certaine esthétique parisienne, gaie et rafinée[1] tellement certains groupes qui semblent susciter l’engouement de la mode actuelle, tels ceux de la fashion-music du "label des Chicks on Speed" mettent en avant une certaine image qui ne peut qu’y faire référence (l’authenticité et la modernité en moins). La musique de ce disque n’a pas pris une ride. Et la production du légendaire Jacno[2] n’y est certainement pas pour rien. Quoique d'après les spécialistes ce ne soit pas la norme chez les Mathématiques Modernes, la musique est ici très légère et les textes plutôt graves. Au-delà des délicieux arrangements et sonorités électro-pop (Claude Art0), la beauté de ce disque réside dans un jeu de batterie (Hervé Z) carré et vraiment très énergique, à la sonorité très actuelle, synthèse parfaite du meilleur des rythmiques krautrock et punk Le chant doucement niais de Edwige Belmore, sucré et avec un très léger cheveu sur la langue, est tout aussi parfait que le nom de la demoiselle. Les deux morceaux sont de véritables HITS. [adrien]

[1] (cf. la pochette du single signée par les désormais célébrissimes photographes Pierre et Gilles p.ex.)
[2] Celui-ci, actif depuis la fin des années septante aux côtés d’Eli Medeiros au sein des punky Stinky Toys ("le premier groupe français à avoir fait la couverture d’un magazine musical outre-manche") est surtout connu par ses talents de producteur e;a. pour Lio (cf. le mémorable single Amoureux Solitaires et l’album tubesque "Banana split", où on retrouve ces sons de synthés qui lui sont vraiment typiques et qui font écho à ceux du beau 45 tours Rectangle / Anne cherchait l’amour - superbe Eli Medeiros - ). Rectangle a été récemment remixé de manière vraiment médiocre.

owen80.gif (3416 octets)


OWEN: "Owen"
(Album / 9 morceaux / 39 min / Polyvinyl, 2002)

Mike Kinsella est nul. Il ne sait rien faire. Se coiffer? S’amuser? Dormir tranquillement avec sa copine? Rien dit-il. Remarquez qu'il ne faut peut-être pas trop le croire, car à l’écoute de son extraordinaire premier album, on aurait plutôt cru qu’il avait un sacré talent. Il compose de très jolis récits de désagrégation psychologique post-adolescente, les chante admirablement d’une voix douce, et les interprète lui tout seul avec une heureuse précision et un sens parfait de la retraite instrumentale et de l’attaque mélodique imprévisible. Ce Kinsella-là, batteur de profession et chanteur-guitariste de American Football, est bien sûr aussi le petit frère de Tim (Cap’n Jazz, Joan of Arc, Owls). Il aurait pu être le cousin timide de Havergal, le fils bâtard de Vincent Gallo, un futur alcoolique anonyme sans espoir. Par ses paroles, "Owen" dégage une dureté cristalline et par la musique (une gentille guitare acoustique prédominant sur l’ensemble des neuf titres), une précieuse chaleur; il transporte l’auditeur loin à l’intérieur de lui-même, là où tout le monde a une folle envie de s’adonner à la paresse, là où rien ne fait jamais mal car, même en admettant que tout va très - très très - mal, on est si content de savoir que, tant qu’il y aura des losers formidables comme Owen, il y aura de merveilleux petits matins. [gloria]

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