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AVANCE RAPIDE
CHRONIQUES COURTES

MARS 2002


> ANDEREGG / AERO
> compilation Deluxe Impro I
> DOMOTIC

> JAD FAIR + TEENAGE FANCLUB
> GOODIEPAL
> KEVIN BLECHDOM
> NAUTICAL ALMANAC / MEERK PUFFY


> >>ffwd février 2002
>
>>ffwd janvier 2002
> >>ffwd décembre 2001
>
>>ffwd novembre 2001

anderegg80.gif (2871 octets)aero80.gif (3093 octets)
ANDEREGG: "When Rectangles Roll Under Cities"
(album / 7 morceaux / 37 min / Apestaartje, 2001)
AERO: "Pretend"
(album / 5 morceaux / 36 min / Apestaartje, 2001)

L’an dernier, le label Apestaartje sortait une jolie compilation de remix assez particulière : les artistes n’y retravaillaient pas un morceau mais la bande-son d’un film expérimental déjà remarquable pour ses qualités musicales: "Alone, Life Wastes Andy Hardy" (Martin Arnold, Autriche, 1998). De ce disque, Anderegg donnait une des meilleures plages, aux côtés de celles de Fennesz, Pimmon et Steve Roden. C’est donc avec plaisir qu’on découvre son premier album, paru lui aussi sur ce jeune label de Chicago (co-fondé par un immigré hollandais, d’où le nom). Sous une pochette très délicate – où la géométrie se combine à l’exploration du détail -, Anderegg (Brendon de son prénom) propose quelques beaux morceaux d’inspiration post-fenneszienne. Des trouées de guitare électrique viennent y percer des textures abstraites, des basses rondes y taquinent des sons pétillants. Il serait pour autant abusif d'étiqueter Anderegg de suiveur. Son univers, assez personnel, doit également à la musique improvisée. Des rythmiques boiteuses y perturbent des nappes hésitantes, des sifflements y surgissent souvent. "When Rectangles Roll Under Cities" n’annonce aucune révolution mais c’est un album très réussi, et très recommandable.
Presque aussi recommandable est le disque d’Aero - alias Koen Holtkamp, le Hollandais dont nous parlions tout à l’heure. Plus abstrait, élaboré à partir d’un éventail de sons plus limité que l’album de son collègue de label (car les responsables d’Apestaartje sont presque tous musiciens), "Pretend" explore le champ des fréquences pures. Avec davantage de décontraction (ou moins de rigueur) qu’un Ikeda ou un Alva Noto, Aero étire parfois ses morceaux en de longues plages sentimentales laissant s’entrecroiser les longueurs d’ondes. Infra-basses, ultra-sons et drones sont au rendez-vous. [xavier]
>> site Apestaartje

deluxe_impro80.jpg (2660 octets)


compilation "Deluxe Improvisation Series – Volume 1"
(album / 6 plages / 74 min / Deluxe, 2001)

Le Deluxe est un ancien entrepôt du quartier Azabu Juban de Tokyo qui, depuis mars 2000, accueille, selon un rythme à peu près mensuel, des improvisateurs, japonais – bien sûr – mais aussi étrangers (John Fahey, Annette Krebs, Andrea Neumann, Kaffe Matthews… ). Une trace de cette activité est désormais archivée sur deux CDs. On y retrouve cette diversité de vocabulaires et de modes d'expression: de l'improvisation délurée et très "impro" (je sous-entends par là "très proche de ce qu'on attend de ce genre de pratique musicale") de Tetsu Saitoh, avec ses rythmiques rebondissantes, presque caoutchouteuses à l'improvisation très liée aux musiques traditionnelles japonaises de Ito (dont les cinq musiciens utilisent entre autres le koto et les shamisens), en passant par la miniature retenue et méditative du Taku Sugimoto Quartet. On reconnaît dans ce quatuor, Otomo Yoshihide et Toshimaru Nakamura pinçant et percutant les cordes de guitares électriques rendues presque méconnaissables. Mais, surtout, la compilation comporte deux longues plages d'une beauté dévastatrice qui, toutes deux à leur manière, étayent la conviction selon laquelle en improvisation comme dans toute musique il s'agit, avant tout, de dompter des sons dans un espace-temps. Evan Parker propose une étincelante vaporisation de notes de sax sopranino, véritable feu de Bengale sonore conjuguant vitesse et imprévisibilité et réussissant, pendant plus de douze minutes, à maintenir sa trajectoire musicale en tension, sans jamais tomber dans la monotonie. Enfin, perle entre les perles, Sachiko M & Toshimaru Nakamura font dialoguer leurs ondes sinusoïdales et feedbacks de table de mixage. Sombres nappes de basses en suspension et délicates gouttelettes d'aigus cristallins s'associent pour donner naissance à un crescendo que, par crainte de l'oxymoron, je n'oserai qualifier de quiétude inquiétante. Et pourtant, un morceau m'a rarement autant apaisé, hypnotisé et mis face à moi-même. [philippe]
>> site Deluxe

domotic80.bmp (19254 octets)


DOMOTIC: Bye Bye
(album / Active Suspension, 2002)

Sous le pseudonyme de Domotic, le Marseillais Stéphane Laporte est l'auteur de ce disque de musique électronique douce et éthérée. Un travail d'humeur printanière pour un premier album sorti après un quatre titres vinyle (aussi chez Active Suspension). En parallèle au caractère de la saison tout juste évoquée, les chansons naissent du contraste entre deux pôles, d'un côté l'usage de programmes informatiques très modernes et de l'autre celui de vieux synthés-jouets sortis des papiers cadeaux multicolores des Noëls enfantins de Domotic. Ces morceaux suivent une tendance pop très revendiquée en ce moment par un bon nombre de musiciens électroniques français. Mais il ne faut cependant chercher les influences de Domotic ni chez Anne Laplantine, ni chez Dat Politics. Son regard porte plutôt vers l'horizon des dernières sorties des labels britanniques Rephlex (Ovuca ou Bogdan Raczynski) et Warp (Boards Of Canada ou Autechre). Dès le premier morceau Cyclatron on reconnaît l'inspiration très d'outre Manche de ce disque par ses sonorités, mais aussi, au début de la chanson – par ailleurs excellente – par l'insertion d'une petite histoire déclamée avec une diction digne de la BBC. Heureusement, toute cette musique ne succombe pas trop facilement sous le poids de ses inspirations, Domotic sait ajouter sa touche personnelle où des mélodies simples et résolument pop se voient accompagnées de rythmes complexes et accrocheurs. [david]
> chronique longue par Adrien
>>
site Active Suspension

jad_fanclub80.bmp (19254 octets)


JAD FAIR & TEENAGE FANCLUB: "Words of Wisdom and Hope"
(album / Geographic, 2002).

Il ne faut pas être demi Japonais pour savoir que, depuis belle lurette, presque tous les enregistrements liés au nom de Jad Fair promettent des cris d'excitation et un bonheur incalculable. Mais même quelqu’un comme Jad peut avoir des jours malchanceux. Malgré quelques moments inspirés, sa dernière collaboration avec Daniel Johnston et Chris Bultman (sous le nom de Lucky Sperms) a un peu déçu mes espoirs. J’avais donc un petit a priori concernant cette rencontre récente avec Teenage Fanclub. Heureusement mes craintes se sont vite dispersées: cet album est une vraie merveille de pop légère et optimiste. La voix et les paroles de Jad Fair n’ont jamais été aussi éprises de vampires souriants et de matins ensoleillés. En douze chansons d’amour, avec des happy ends dignes des films de Billy Wilder, Jad confirme qu’en matière de bonnes vibrations, il reste le meilleur allié du père Noël: "And I’ll even buy you some cotton candy, and won’t that be dandy, and then we’ll jump into the stationwagon, and take it up to the North Pole, sit there on Santa’s knee, just you and I" (Love Will Conquer). De leur côté les TFC ne se limitent guère à jouer le rôle d’ensemble d’accompagnement. Avec imagination et des effets inattendus, leurs arrangements et rythmes doux s’adaptent parfaitement au chant. Avec quelle liberté on respire en écoutant les morceaux (I Feel Fine, Near To You, Vampire’s Claw) où la voix nasillarde de Jad Fair s’entremêle à celle de Katrina Mitchell. Ce n’est pas donc une coïncidence que les compositions les plus réussies de ce disque soient celles qui arrivent à l'assemblage millimétré de ses deux pôles créatifs. [david]
>> site Geographic (s/ le site Domino)
>> site Jad Fair

goodiepal_80.jpg (2341 octets)


GOODIEPAL: "Narc Beacon"
(album / 12 morceaux / 31 min / Ski-pp, 2001)

Goodiepal (également connu sous le nom de Mainpal Inv.) joue du laptop. Il joue aussi de la flûte, et n’hésite pas à le démontrer lors de ses concerts. Avec une sensibilité folk vraiment inattendue dans ce domaine musical, ce jeune Danois intègre les sons électroniques, les notes soufflées, les cordes de guitare et beaucoup de tintements guillerets. Le résultat - une sorte de "bourrée électronique" plutôt entraînante, avec quelques airs de fête foraine - est tantôt sympathique, tantôt carrément lourdingue. Cette dimension joyeuse de folk explosé est ce qui sauve le premier album de Goodiepal de la banalité. Car, pour le reste, la quatrième sortie du label Ski-pp - structure lilloise fondée par Dat Politics - a les mêmes allures de comptine enfantine détraquée, de jeu vidéo désuet[1], que beaucoup d’autres productions électroniques récentes. Certes, la recette est très bien appliquée, et l’album contient même quelques hits potentiels, mais peu de surprises. Doucement, cette musique ludique perdrait-elle ce qui relève d’une véritable attitude pour se borner à la répétition d’une formule ? Ski-pp nous apprend que Goodiepal travaillerait actuellement à la conception d’un nouveau langage musical (!), dont la substance serait révélée au printemps 2003. On l’attend avec curiosité. [xavier]
>> site Ski-pp

[1] A propos de jeux d’enfants, on peut lire sur le site du label hollandais Mixer (qui a sorti un mini-cd de l’artiste) que Goodiepal serait le petit-fils du créateur des jouets Lego (www.stichtingmixer.nl). Comme programmeur informatique, Kristian Vester (le vrai nom de Goodiepal) a travaillé pour cette firme mais aussi pour Hitachi et Nokia.

blechdom_thong80.jpg (3927 octets)


KEVIN BLECHDOM : "Long Thong Silver"
(split 7" avec KID 606 & ELECTRIC COMPANY / 2 morceaux / Tigerbeat 6)

On vient, il y a quelques semaines, de raccrocher aux cimaises du Stedelijk Museum d'Amsterdam, la gigantesque et presque monochromatique toile "Cathedra" de Barnett Newman. Lacérée – en l'espace de trente secondes à peine - de cinq coups de cutter par un malade mental, sa restauration minutieuse aura duré près de quatre ans. Le hasard a voulu que je lise cette information alors que j'écoutais Long Thong Silver de Kevin Blechdom: immédiatement, le morceau et la toile défigurée se sont mis à entretenir de multiples relations, tant en positif – par analogie – qu'en négatif – par opposition. Il me semble en effet, qu'alors que très souvent, le sampling s'apparente à de la chirurgie esthétique - donc à une intervention de haute précision cherchant à effacer au maximum toutes les sutures et cicatrices de la greffe - ce single est un exemple criant d'une manière de procéder presque opposée et beaucoup plus proche du ready made. Le sample n'y est plus une greffe mais devient le support de celle-ci. C'est l'entièreté d'un morceau (Thong Song de Sisqo [2]), presque dans sa forme originale, qui est soumis aux coups de sécateur clairement assumés de l'horticultrice sonore. Concrètement, par l'accélération et le surcollage, Kevin Blechdom livre une relecture féministe d'une chanson macho qu'elle ridiculise tout en vampirisant son efficacité rythmique. Un peu comme Bugs Bunny aime à recourber le canon du fusil vers le visage du chasseur. Et c'est là évidemment, qu'on s'éloigne de l'agression d'Amsterdam. Acte d'incompréhension d'une œuvre d'art moderne dans un cas; action de compréhension – et de réappropriation – d'un produit de la culture populaire dans l'autre. [philippe]
>> site Tigerbeat 6

[2] Le morceau inclut aussi un sample de Livin' la vida loca de Ricky Martin. Merci qux inspecteurs Gonzalez Fuster et Muller pour l'identification de ces hits.

nagisa_ni_te80.jpg (2615 octets)


NAGISA NI TE: "Songs For A Simple Moment"

(album / 10 morceaux / 73 min / Geographic, 2002)

[Inclure ici une brève introduction à la scène d’Osaka, faire référence à Maher Shalal Hash Baz] [Passer sans trop tarder à la présentation du héros: Shinji Shibayama] [Situer le personnage: fondateur du label Org et actif dans des nombreuses formations depuis 1981] [Expliquer en quelques mots pourquoi on se retrouve à parler de lui tout d’un coup: l’édition de "Songs for a simple moment", compilation d’enregistrements de Nagisa Ni Te, groupe qu’il partage avec Masako Takeda] [Arrêter de tourner en rond: décrire les dix plages du disque, allant du minimaliste appel aux chiens qui partent de Wonder aux vingt minutes de nostalgie contemplative de The True Sun] [Résumer en un terme: c’est du psycho-pop-folk-lo-fi, tendance "libre comme le vent"] [Affoler le lecteur avec des données dont il n’a cure: Nagisa Ni Te interprètent aussi des compositions de The Hallelujahs, autre incarnation de Shibayama] [Choisir une belle chanson illustrative, I’m not green: bonnes vibrations à cœur ouvert] [Moment poétique: comme les ondes de la mer, se succèdent ici fragilité acoustique et débordements psychédéliques, chœurs ensoleillés et solos de guitare tristes à la Neil Young, envie de sourire au ciel et invitations à s’embarquer sur des bateaux qui coulent] [Omettre toute référence au rock progressif… quoique] [Vérifier que l’essentiel a été transmis: est-ce clair qu’ils chantent en japonais? A-t-on assez cité Maher Shalal Hash Baz?] [Mettre en rapport des idées éloignées: le rouge de la pochette avec la passion dont il est ici question - ça c’est facile -; le côté déglingué du son avec les Pastels - ça c’est évident -; le caractère hors des modes de cette musique et l’énigmatique difficulté à lire l’âge de certains visages asiatiques - là on se perd -] [Respirer] Le bonheur, au fond, ce n’est pas compliqué. [gloria]
>> site Geographic (s/ le site Domino)

nautical_almanac80.jpg (3614 octets)


NAUTICAL ALMANAC / MEERK PUFFY
(split CD-R / 6 plages / 60 minutes / Veglia 2002)

Soixante minutes de fureur de "broken electronics": diverses instrumentations électroniques récupérées et connectées en des monstres sonores hybrides composés de jouets, de pédales, de micro synthés, d'électro-ménager, de Mac's et autres Moulinex. Le résultat est estomaquant et s'inscrit dans la lignée bien singulière des sorties noise-improv du petit label belge Veglia, cette sortie électronique y apportant une certaine fraîcheur. Imaginez Pan(a)sonic mélangé à une bonne dose d'autodérision parodique punk et vous obtiendrez un cocktail molotov labellisé Nautical Almanac. Mais, attention, ce disque violent n'est ni un disque d'indus ni un énième disque plaisant et rigolo. Monsieur et Madame Nautical Almanach - autrefois un groupe avec des vrais instruments - ont choisi une démarche radicale et pince-sans-rire. Ils tissent un tapis de sonorités d'électrons qui se court-circuitent. On retrouve leur esthétique en pied-de-nez dans leur label (heresee) ou à travers l'époustouflant site graphique de leurs amis de paperrad.org. Mon émotion lors de la découverte de l'étrangeté sonore de ce disque est proche de celle ressentie à la première écoute du premier album de Köhn - dans un registre musical bien différent. Le split regroupe quatre concerts de Nautical Almanac enregistrés directement sur la table de mixage lors de leur tournée américaine de 2001, au cours de laquelle ils furent accompagnés par leur camarade, l'électronicien rudimentaire Matt Brinkman - alias Meerk Puffy qui lui clôt le disque avec deux morceaux: l'un plus rythmé - sorte de jouissive techno primitive-, l'autre plus fluide. Cette première sortie européenne pour ces deux groupes est d'ores et déjà un classique dont on reprochera toutefois la longueur des morceaux, seul aléas de la reproduction sur disque de concerts de musiques par essence informatables. [adrien]
>> page Veglia
>>
site Heresee
>> site Paperrad
>> interview Heresee dans le webzine Blastitude


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