chronique

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tissu des fauteuils du módulo azul


RUI GATO

[MUSIQUE DU MODULE BLEU DE L'EXPO "VOYAGER"] Experimentadesign - Lisboa (P)




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vue perspective sur le  módulo azul



L’exposition "Voyager" qui, telle la sonde qui lui donne son nom, s’est rendue à Milan (en avril) et Londres (en juin) est revenue à sa base : Lisbonne. Elle est sensée jouer le rôle d’ambassadrice des œuvres de quatre-vingt créateurs issus de l’importante génération de designers et d’artistes contemporains portugais se manifestant dans toutes les disciplines du moment: la vidéo, le mobilier, les installations, mais aussi la verrerie, le design lumineux et le son…
L’exposition s’avère être le lieu pivot de la vaste manifestation " Experimentadesign " dédiée au design sous toutes ses formes (de l’architecture à l’espace informatique...) qui se déroulait dans la capitale portugaise du 16 septembre au 31 octobre 2001. A côté d’expositions de photographes et autres créateurs portugais et étrangers, celle-ci proposait une rétrospective de l’œuvre du quasiment culte designer moderniste allemand Dieter Rams (surtout connu pour son travail pour la firme Braun) ainsi qu’ un cycle de conférences prestigieux avec des pointures internationales telles que l’anthropologue Arjun Appadurai , Mark Goulthorpe (atelier d’architecture dECOI, Paris), Ian Anderson (Designers Republic) voire même Mark Fisher, le monstre sacré de l’architecture des podiums rock ("The Wall", "Zoo TV", "Bridges to Babylon"…).
Au sein de "Voyager" les œuvres sont présentées au sein de quatre modules futuristes de forme différente (modules "rouge", "bleu", "image" et "Atlantis"…). Ceux-ci sont disposés dans la pénombre de l’espace intérieur du grandiose pavillon portugais de l’Expo’98. Comme il est souvent le cas avec le design ou l’illustration, rares sont les bons designers, ceux qui fournissent un véritable travail artistique parvenant à aller plus loin que le travail en surface que leur impose leur métier. Ainsi, on reprochera à l’exposition le manque d’équilibre entre la présentation et les œuvres d’art, ce qui contribue à renforcer le sentiment que le design est une discipline où la forme prend obligatoirement le dessus sur le contenu, où font figure d’exception les créateurs qui, jusque dans les travaux de commande, arrivent à se libérer de la contrainte spectaculaire qui les détermine dans leur fonction, qui peuvent afficher une personnalité (/ une poésie) dépassant les modes. C’est ainsi qu’il y a un déséquilibre important entre la présentation de l’exposition et son contenu, les belles photographies du catalogue s’avérant plutôt être une séduction tape-à-l’œil, virtuelle, ce qui déçoit le visiteur et génère un sentiment d’esthétique creuse. Les visiteurs ont vite fait le tour de l’exposition car elle n’invite pas vraiment à s’arrêter, les modules disposés dans l’espace sombre et vide retenant plus l’attention que leur contenu (pour peu qu’il y en ait). Mais les découvertes sont au rendez-vous de ceux – rares - qui prennent le temps de s’arrêter.
Le module bleu ("módulo azul") est un volume qui met bien en valeur l’œuvre des artistes. Il s’agit d’un parallélépipède rectangle, ouvert, au fond duquel se trouve un écran sur lequel sont projetés en boucle, l’un après l’autre, deux très beaux courts-métrages. De plus, la présence de deux fauteuils au tissu remarquable semble nous inviter à nous asseoir et à observer (quoique…).
Les fauteuils sont vite oubliés tant "en un temps / trois mouvements" le corps se met en branle à l’écoute de la musique qui accompagne les films de l’installation, œuvre d’un certain Rui Gato. Le premier morceau, associé à "Dancing Light", le très beau film d’arabesques dynamiques du collectif Houselab ("Light sculpture: Paul Friedlander"), est une musique hyper-dansante à la rythmique proche des productions techno-minimalistes allemandes actuelles (Thomas Brinkmann,…); on pense au Syndicat Electronique, le groove se greffant sur des sonorités proches des nappes de Rafaël Toral, autre Portugais avec lequel Gato assure la musique du très réussi premier module ("módulo vermelho"). L’impact est d’une puissance similaire à la musique de Toral mais la danse nous sauve de toute introspection. La seconde œuvre musicale accompagnant le film "Modus Operandi" de Margarida Moura Guedes et Luís Osório – touchante course-poursuite d’un jeune amérindien au dos tatoué à travers un champ de maïs - est d’une texture plus complexe. Le morceau contraste avec le premier car la rythmique n’est pas aussi présente (/ dansante). La musique se définit plutôt comme un maillon de rythmiques douces d’une grande intelligence qui, se faufilant subtilement les unes dans les autres produisent un effet statique progressif (on pense par exemple à Pimmon), en parfaite concordance avec le thème développé par les vidéastes.
Rui Gato, s’avère être un artiste complet dont nous sommes impatients d’entendre d’autres productions, tant la spontanéité du premier morceau, le contraste, l’intelligence et le raffinement du second nous l’ont présenté comme un artiste complet, capable d’ouvrir un spectre nouveau dans la musique électronique.

Adrien / novembre 2001

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