chronique

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ROYAL TRUX

"VETERANS OF DISORDER"
USA

Album / 10 titres
(Drag City / Domino, 1999)


ROYAL TRUX

"RADIO VIDEO E.P."
Maxi / 10 titres
(Domino, 1999)



Comment en est-on arrivé là ? On avait suivi les premières attaques soniques de Royal Trux d'un œil un peu détaché, narquois. On aimait bien - sans plus - leur bordel lo-fi, leur grand raout freak qui invoquait à chaque riff de guitare les grands esprits du rock et du roll. Sauf qu'en 1998, à deux ans du futur, Jennifer Herrema et Neil Hagerty ont fait leur révolution. Qu'en 1998, "Accelerator", dont il faut absolument reparler, marquât d'une borne blanche la fin du rock et son avenir. Pour cette ultime célébration paillarde au Dieu binaire, Royal Trux enfilait un costume à paillettes, embarquant dans son V-8 le fantôme de T-Rex. Blues et Boogie, c'était là la grande affaire de ce disque. Le couple, dans un bel effort de rétroaction, retournait vers le futur, partouzant sur la banquette arrière avec les cadavres du Doo-Wop, du rock High-school. Leur redonnant un peu de vie à chaque giclée d'électricité. Disque Frankenstein, disque Vaudou, "Accelerator" fonctionnait en courant alternatif sur l’electricity du Captain Beefheart. On y scandait à tue-tête des Juicy juicy juice, des I'm ready, formules de magie noire pour rire et fêter ce mort-vivant de rock sans plus vraiment y croire.
Comment après "Accelerator" faire mieux ? En faisant aussi bien! "Veterans of disorder" est un nouveau hit, baby ! La production est moins exceptionnelle, moins "dans ta face", baby !, mais l'éventail des chansons est plus varié. Le V-8 Royal Trux se calme, il prend son temps, voit du pays, traverse la frontière, passe au Mexique (The exception, Lunch money, !Yo se!), s'arrête à la Nouvelle-Orléans (Coming out party), s'égare en Californie (Blue is the frequency) et s'écrase dans la drogue : l’épique Sickazz dog, version canine du Smelly cat de Phoebe de "Friends". Classique en devenir (tout comme le précédent), Royal Trux signe son album le plus détendu. Parenthèses de cette magnifique saga qui ne fait que commencer, le cinq titres "Radio video EP" joue la carte, plus attendue, du joyeux bordel. Le couple de la génération -1 s'y transforme pour rire en rappeurs (The inside song, On my mind), tandis que sur Dirty headlines, avec la complicité vocale de Reeta Young, le duo passe de l'autre côté du miroir… pour, espère-t-on, ne plus jamais revenir. On a jamais entendu un tube aussi improbable, c’est surréaliste en diable, gothique, groovy, ça n’a pas de nom et Jennifer fait vraiment peur. A écouter de toute urgence, ne serait-ce que pour ce titre. Le futur de Royal Trux est toujours devant eux.

Sébastien / avril 2000