chronique
"FELK" |
Passons à confesse. Il faut bien lavouer : le choix du sous-titre de ce webzine " musiques mutines et mutantes " - sexplique autant par sa mu.mu.mu sicalité allitérante, par la belle consonance de la formule que par son sens. Là pourtant, en matière de musicien mutant, Noël Akchoté et Quentin Rollet du label Rectangle en ont pêché un beau spécimen! Jusquici, on illustrait notre attachement à cette idée de mutation sonore en citant quelques cas de réussites exemplaires en matière de brouillage de pistes stylistiques : linsaisissable Jim ORourke par exemple, se mouvant avec autant daisance dans les biotopes de la pop baroco-maniériste, de lélectroacoustique dépouillée ou du grésillement laptogénéré. Ou alors le flamand Jürgen De Blonde, domptant avec une égale décontraction guitares acoustiques (Ed Nolbed), électriques (de.portables) ou microprocesseurs (Köhn). A la différence de ces deux grands touche-à-tout, Olivier Lambin (alias Mr Rouge), ne présente pas ses différentes personnalités musicales sous des identités multiples ou sur des disques différents. Non, chez lui cest chaque morceau qui marie folk-blues et free-electronica, qui abolit la distance entre les années trente et nonante. Comme si lexpression "blues du delta" trouvait ses racines à lembouchure du Danube, quelques centaines de kilomètres en aval de Vienne Mego-city ou comme si Jim O Rourke avait enregistré John Fahey sur les bandes de FennoBerg sans correctement en effacer toutes les pistes Le bîîîps n blues de Red pourrait a priori apparaître comme le prototype de la "mauvaise bonne idée", le dernier avatar de cette pénible stratégie du plus petit commun dénominateur qui préside à tant de projets estampillés "fusion". Ce qui rend lalbum "Felk" si attachant cest justement que ce grand écart qui nous étonne à la première écoute prend ici des allures de position naturelle et décontractée. Aucun effort nest fait pour diminuer la distance ou létrangeté entre les deux univers sonores. Sans concession ni dénaturation, ils cohabitent et dialoguent de manière intime. Tout semble couler de source, rien na lair de poser problème. Olivier Lambin ne nie pas lhistoire de la musique, il lui fait juste subir une des ellipses les plus radicales quil nous ait été donné dentendre depuis bien longtemps. Une contraction de la chronologie qui nous amène parfois à la limite du retournement et de linversion, comme dans la reprise de Road to Nowhere où il va presque jusquà parer sa version du grain de la pépite non-dégrossie et à faire planer sur la version originale des Talking Heads le soupçon de la contrefaçon ! Il faut enfin souligner les caractères ruraux et familiaux de ce disque où les petites filles, Margot et Chloë, tapent du biberon, braillent et dialoguent avec leur bluesman de père, sans que quiconque ne se soit senti obligé de les réduire au silence. Un disque enregistré dans une maison en pierre de taille avec "une cave pour descendre des trucs, des jouets ou des vélos" et un banc sur lequel poser les guitares acoustiques. Une maison en pierre de taille bien ancrée dans le XXIe siècle. Philippe / décembre 2000 |