| chronique
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Si le monde des Portables a lair simple, ce nest quune impression. Prenez leur nom. En réalité, ce nest pas à langlo-saxonne quil faut le lire, mais à la flamande: De.Portables. Oui, cest déjà mieux. Prenez maintenant le groupe: un trio de Bruges installé à Gand, composé de Wio, Jürgen de Blonde et Hans, avec la particularité que Wio publie aussi ses propres chansons en tant que Wio et joue parfois avec Jürgen dans Frambooze, Jürgen De Blonde nétant pas seulement lui-même (un album sous son nom est sorti il y a quelques mois sur le label allemand Tomlab) mais encore Köhn et Ed Nolbed Même Hans, le batteur, a son projet solo, appelé tout à fait logiquement Hans Olo. Prenons enfin "Rosegarden". Il sagit de six plages entremêlées, essentiellement lentes et à la guitare, avec une basse subtile, de lélectronique fine et des mélodies mélancoliques évoluant dune surprise rythmique à la suivante. Une année et demi de travail en studio pour une cinquantaine de minutes de pop laconique. Si "Lab.top", le premier cd des De Portables, pouvait se comparer à ce qui se faisait de mieux aux États Unis en matière de pop-rock à prédominance instrumentale, ici on a calmement envoyé les influences américaines se faire voir ailleurs: ça sonne un peu comme Built to Spill évoluant dans une compilation Darla, ou comme Pinback reprenant un best of Morr Music et presque pas du tout comme un concert de De Portables. Un disque qui pourrait donc être une bonne raison pour se faire installer une fausse piscine dans le jardin et passer des soirées à regarder le ciel en se disant que, quand même, les martiens doivent sûrement être gentils et avoir la forme de petits canards. Mais non. Cela ne marcherait pas, parce quil y a dans "Rosegarden" un truc caché, pas mentionné sur la pochette, qui sappelle Here I stand et qui est un hit. Un vrai. Un de ceux avec une basse qui rebondit, qui sapprend par coeur tout seul et qui nous rappelle que Wio et Jürgen ont, aussi, le talent de la chanson pop classique, plus ou moins normale, et nous mène à "Wio", deuxième album (le premier en cd) de Wio. C'est à dire à quinze plages, avec des instrumentaux et des interludes, mais surtout plein de chansons à la voix douce, qui pourraient ressembler à celles de Patrick Phelan à la différence près que Phelan ennuie parfois et Wio beaucoup plus rarement -. Pourquoi? Sans doute en partie grâce à la variété des ambiances : acoustique intimiste, spatiale, très rocknroll... En partie aussi, sûrement, parce que ni Wio ni ses accompagnateurs (Köhn et Hans) ne se privent jamais de combiner linventivité et la simplicité pour de belles chansons (Pumpinyrchest V et son riff de guitare au filtre analogique). En tout cas, le mystère doit aussi forcement avoir un rapport avec le personnage: un songwriter lo-fi supposé triste capable par ailleurs de reprendre George Michael en sautillant. Cette contradiction donne, par exemple, Milkman, morceaux emo-quelque chose ombragé où l'on trouvera beau - voir très beau - quil dise "Im the milkman and I booed at the cows that take advantage of you like I do". Cela donne aussi des changements brusques, des montées doptimisme dans le style "oui, sortons tous boire des milk-shakes au Quick" (Lets got to the zoo) pour, une fois quon y est bien installé, se dire "ouais, non, allons tous pleurer ensemble dans les toilettes" (Pumpinyrchest IV). Cela fini très vite par donner des frissons, et en particulier quand il essaye de combiner les deux registres (Wow I love you Jo!). En tout cas, il y a bien là une richesse d'approches et une profondeur humaine qui permettent d'affirmer que, après son plus chaotique vinyl "Now I know where I am", la chose a finalement été prouvée en digital: Wio, cest plus facile à prononcer que De.Portables, ça lair nettement plus bête, mais ce n'est pas moins fin. Gloria / mai 2001 [Gloria écrit aussi - en espagnol - pour le webzine Popchild] |