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"Works (1958-1979)" Corée - Allemagne album / 5 morceaux / 62 min (Sub Rosa / 2000) |
Né en Corée en 1932, Nam-June Paik est surtout connu aujourdhui en tant que maître et pionnier de lart vidéo et de la performance. Cest pourtant la recherche sonore qui la dabord occupé : étudiant en musique au Japon au début des années cinquante, Paik a suivi par la suite, en Allemagne, lenseignement de John Cage, quil admirait beaucoup, avant de sétablir à New York où il vit encore à lheure actuelle. Dans les années soixante, avec John Cage justement (et dautres illustres collègues comme George Maciunas, Joseph Beuys, Yoko Ono ou Ben Vautier), il a aussi participé à lexpérience Fluxus, mouvement artistique international dont lesprit provocateur, conceptuel et ludique descendait directement de Dada. Le mouvement avait un de ses foyers en Allemagne, un autre à New York [1]. En compilant sur ce disque des morceaux représentatifs des diverses expérimentations sonores de Paik, Sub Rosa a accompli un travail essentiel : dabord parce que ces enregistrements historiques (de vrais documents, avec chuchotements, pages froissées et un peu de souffle à lappui) navaient jusquici jamais bénéficié dune véritable édition ; ensuite parce quils sont très beaux. En alternance, on y entend Paik travailler la bande magnétique et le piano. Commençons par la bande : durant sa période germanique, Nam-June Paik a consacré des heures au collage sonore, manipulant des mètres de bandes trouvées et de sons enregistrés par lui. Il bénéficiait alors dune infrastructure devenue mythique, celle des studios de la Westdeutsche Rundfunk de Cologne, qui voyaient naître au même moment les compositions tordues et sublimes de quelques inventeurs de la musique électronique, dont Karlheinz Stockhausen, György Ligeti et Henri Pousseur. Trois plages très courtes et efficaces, dune sauvagerie joyeuse assez exceptionnelle, rendent compte de ces recherches où le burlesque côtoie linquiétant. Presque méditatifs, Prepared Piano for Merce Cunningham et Duett Paik / Takis (vingt-cinq minutes chacun) sont les véritables pièces de consistance du disque ; on y retrouve Paik aux cordes frappées. De facture très "cagienne", Prepared Piano (1977) consiste en une longue improvisation au piano désaccordé ; déconstruction et dépouillement en sont les maîtres mots. La seconde uvre citée apparaît vraiment comme le sommet de cette compilation : il sagit dun très beau dialogue entre Paik dune part, "parodiant" (mais peut-on vraiment parler de parodie devant un résultat aussi beau ?) Chopin et Bach au piano et au clavecin [2], et lartiste cinétique grec Takis dautre part, martelant des sculptures métalliques. De lau-delà, une voix muse un air triste. Ponctuée par quelques interruptions et ruptures, cette pièce magistrale et apparemment improvisée, où les vibrations profondes de la tôle frappée répondent à la douceur discrète du piano, aurait tout aussi bien pu figurer au catalogue dun label néo-zélandais d'aujourd'hui, pour la pureté et la spontanéité qui en émanent. Des qualités quon ne retrouve que trop rarement dans les interprétations des uvres de John Cage, un académisme décrépi sétant hélas emparé de ses compositions les plus inventives... [3] Ce duo magique, daté de 1979, était le seul morceau du disque déjà édité (sur vinyle, à tirage très limité, en 1980). On laura compris : lintérêt de cette compilation dépasse largement celui du "simple" document historique. Xavier / janvier 2002 |