chronique LAURA NYRO "ELI AND THE 13TH CONFESSION" USA Album / 13 morceaux (Columbia, 1968) |
"Eli's coming...better hide your heart girl. She hoped she had never had to wait" Cet album est le deuxième de Laura Nyro, chanteuse folk-soul née à Harlem en 1947. Elle n'a que 20 ans quand elle enregistre ce disque, ce qui est stupéfiant. Dans une certaine mesure cette maturité précoce reflète toute la richesse de sa personnalité, pleine, complexe dans son rapport à la musique, en éternelle remise en question. Par deux fois elle quittera sa carrière musicale, la deuxième fois à 24 ans pour se marier. Ses chansons sont le reflet de la musique populaire du New York des sixties qui la vu naître et grandir, entre l'obscurité et la lumière, des trottoirs dHarlem aux disquaires du Greenwich Village, à mi-chemin entre la soul et le folk, entre Dione Warwick et Bob Dylan. Toujours restée dans l'ombre, ses chansons n'atteindront les charts que par le biais de reprises par Aretha Franklin, Barbara Streisand, Roy Ayers ou The 5th Dimension. Les originaux sont trop personnels pour être au goût de l'époque. La chanteuse ne rencontrera jamais le succès escompté, ses chansons introverties à la rythmique soul ne pouvant jamais faire l'unanimité du milieu : trop folk pour les uns, trop soul pour les autres. En 1968, alors qu'elle est invitée au festival de Monterrey pour son deuxième concert, elle se fait huer et jeter de scène. On imagine bien le public hippie sinsurger contre la poésie de ses textes qui introduisent parfois des figures de l'Ancien Testament, comme dans Eli's Thirteenth Confession, où l'amant apparaît sous la forme d'un ange. Sa musique est dune esthétique hybride: elle emprunte son contenu au jazz chanté, au folk et son expression au funk, à la soul. Les arrangements sont plutôt sophistiqués: les cordes, guitare, flûte, xylophone et cuivres viennent se greffer comme autant de voies à explorer pour le piano sur lequel Nyro vient coucher la rythmique de sa gracieuse voix. Celle-ci change, comme prise dans le labyrinthe des chansons, s'accélère ou ralentit, est détournée, fait faux bond là où on lattend le moins. Comme c'est le cas sur le premier morceau du disque, les chansons changent très souvent de thème musical et la voix de Laura Nyro en est le seul fil rouge. La voix est chaude et évolue quelquefois dans des hauteurs angéliques. Le thème s'arrête et la voix fait des vocalises... Ce changement perpétuel à lintérieur des morceaux fait place sur la deuxième partie du disque à des chansons beaucoup plus directes, dansantes et efficaces comme Stoned Soul Picnic ou Emily, qui nous incitent à revenir sur les morceaux plus complexes du début du disque. La musique de Laura Nyro est joyeuse et légère, elle se laisse écouter mais elle est aussi d'une intelligence assez unique. Ses textes sont empreints dun haut degré de symbolisme. Une très belle découverte. Adrien / août 2002 |