chronique
 KIM
GORDON - IKUE MORI
DJ OLIVE
"SYR
5"
New York
(USA)
double 12"
- CD / 11 titres / 56 min
(Sonic Youth
records, 2000)

site Sonic Youth records
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Quand des musiques sortent le bout de leur nez par la fenêtre du ludique et de
linhabituel, de nombreux auditeurs leur reprochent la gratuité de leurs effets. Les
commentateurs nignorent pas ce genre dobjections et leur goût de lordre
les oblige à parquer ces musiques dans un enclos, à lentrée duquel ils mettent un
panneau de signalisation. Sous son cercle rouge et sa diagonale outrageante ils
inscrivent: "Attention ! Bouchez vos oreilles: production marginale! "
Etrangement quand ces mêmes esprits se voient surpris par la variation de couleurs
dun coucher du soleil, une voix agréable qui ressort du brouhaha de la foule dans
une gare ou le tintement discret dune petite cloche dans une ruelle déserte, ils ne
pensent jamais que ces phénomènes sont, eux aussi, gratuits. Ils oublient que tout
artiste - même celui qui suit les schémas les plus rigides - expérimente, dès le
moment où les premiers tâtonnements dun tableau, dun dessin animé ou
dune composition pour fanfare chatouillent son esprit. En somme, on pourrait
approcher la création musicale - et même la création artistique en général - comme un
jeu permanent dinvention deffets gratuits ET imaginatifs.
Dès lors, je suggérerais que le disque de Kim Gordon, Dj Olive et Ikue Mori
ressemble à un jeu composé dartifices gratuits où le maître mot serait
limagination sonore. Cet objet magique se permet non seulement la découverte de
sons inouïs mais, aussi, leur agencement selon les combinaisons les plus inattendues.
Ainsi, même les morceaux qui correspondent le plus au format traditionnel de la chanson,
comme Paperbag / Orange Laptop ou What Do You Want? (Kim) (durée
moyenne de 3 à 6 minutes, guitare électrique
les cris de Kim Gordon), se parent de
nuances qui poussent lauditeur conformiste à sortir de son approche peureuse et
qui lobligent à écouter chaque composition dans sa singularité.
Les points forts de cet album (Fried Mushroom ou Lemonade p. ex.)
surgissent lorsque la déclamation des poèmes sonores de Kim Gordon participe à
léquilibre entre les platines de DJ Olive et les bruitages électroniques
dIkue Mori. Je dois au mélange surréaliste de chuchotements et de cris de
cétacés de Lemonade la certitude de quelques instants heureux et le soupçon
quouvrir ce coffret (en saisissant par le cou ce visage aussi beau
quinquiétant) nest pas un geste superficiel. A lintérieur de la
pochette une autre image nous attend: DJ Olive tient un disque en vinyle qui masque son
visage, dun de ses doigts part une spirale qui recouvre toute la surface de la
pochette. Jignore si les artistes lont voulu ainsi, mais peut être ce DJ /
aiguilleur nous invite-t-il à parcourir une à une toutes les vibrations dun album
dont les ambiances sont, en grande partie, les aventures dun voyage autour de son
tourne-disque. Sous les doigts de DJ Olive, les platines ne reproduisent pas des sons
externes (comme p.ex. le saxophone de Michel Doneda qui peut ressembler aux cris dun
animal ou au son dun moteur) mais se mettrent à sonner comme elles-mêmes, selon
leur propre nature.
Classer "SYR5" dans un genre déterminé et précis est un exercice qui
flirte avec limpossible. On pourrait laborder comme disque rock (si lon
accepte que des plages comme Contre le sexisme sur "A Thousand Leaves" de
Sonic Youth ou The Ducchess sur "Shleep" de Robert Wyatt le sont) ou
comme un album de musique électronique (il na p. ex. rien à envier à Mouse On
Mars) ; sa grâce touche également aux domaines de la poésie sonore et de la
musique improvisée. On pourrait se contenter de une formule facile et fuyante (parler de
"fusion des styles"), mais sa multiplicité ne demande pas des étiquettes mais
plutôt un microscope et le refuge de quelques métaphores, comme celle qui rend le
meilleur hommage à toute musique : le silence de ses auditeurs.
David / mars 2001
PS: Le site www.evol.org propose entre
autre la recette de Tacos préférée de Kim Gordon et autres curiosités moins sérieuses
comme linterview de Edgar Rice Burroughs (le poète de "Tarzan")
par Lee Renaldo.
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