chronique KEMIALISSET YSTÄVÄT "SUUREMPI PIENI PALATSI" FIN Album / 14 morceaux (réédition Alice In Wonder, 2002) |
Sil nest une des personnalités les plus importantes du renouveau folk expérimental de ces dernières années, le jeune Finnois Jan Anderzen nen est pas moins une des personnes les plus convaincantes. Lesthétique de ses dessins féériques - qui enjolivent les publications comme le magazine "The Broken Face" ou le site web et les pochettes du label Fonal - participe au renouveau de limaginaire folk transcontinental. Sa musique en est tout autant le reflet magique. A lheure où les spécialistes saluent larrivée tant attendue du double lathe cut de Kemialliset Ystävät sur le label C/PSI/P de Campbell Kneale (Birchville Cat Motel), le label alsacien Alice-in-Wonder nous prend à nouveau par les sentiments en sortant un cd du bonhomme. Ce disque est composé de deux parties, la première réunissant des morceaux récents et la deuxième rééditant le superbe ep 45 tours, première parution du - déjà défunt - label de Jan Anderzen: Vauva. 2001 avait été également marqué par la seconde sortie de ce label en collaboration avec le label belge Veglia de lalbum vinyle de The Anaksimandros, formation multi-instrumentale dimprovisation libre à laquelle avait précédemment appartenu Anderzen et par la sortie du superbe mini CD (3") de Kemialliset Ystävät sur le label anglais - aujourdhui également disparu - Betley Welcomes Carefull Drivers. La musique cinématographique du groupe semble, comme celle de The Anaksimandros posséder ce je-ne-sais-quoi de primitivité typiquement scandinave. Après un LP mono face sur Fusetron en 1998 Kemialisset Ystävät, qui fonctionne alors comme groupe, mute pour finir par se confondre avec la personnalité de Jan Anderzen et est peu à peu devenu une sorte de chansonnier intime et mystique, réunissant toutefois autour de lui selon les humeurs, certains musiciens issus de lancienne formation (devenue The Anaksimandros) ou des membres dautres formations (comme Es). Au-delà du doux chant en Finnois, on se retrouve plongé dans un univers paraissant immuable qui fait ressortir de vastes paysages primitifs, des refuges où sabriter, un imaginaire scandinave imprégné de saga, peuplé delfes et dautres êtres enchanteurs. Les chansons de Jan Anderzen sont une enfilade de perles issues dun unique carillon pour comptines. Les morceaux ne sont jamais trop longs. Lunivers pastoral (pré-urbain) et nocturne du disque, la diversité dans linstrumentation (jouets, flûte, clarinette, tambour, glockenspiel...) fait jaillir une atmosphère émotionnelle hors du temps. La texture sonore nous fait penser aux Supreme Dicks ou à des groupes comme The Black Heart Procession, Hood ou Movietone. Sa mélancolie est comparable mais différente, plus naïve et rêveuse, avec un côté plus enfantin, moins sombre (on retrouve indéniablement la luminosité timide qui a fait jadis la légende de Wio). Le résultat, surtout pour ce qui est des enregistrements les plus récents (un nouveau disque vient de sortir sur Fonal) est très proche des américains de Tower Recordings[1]. Tous ces groupes cités se rattachent à un héritage soixante-septante allant du folk / free Jazz du label ESP aux explorations sonores de Brian Eno. Les influences de ce "one-nation-underground" seventies sont évidentes dans ce disque de Kemialisset Ystävät, la guitare est telle le "direct inject anti-jazz ray gun" de Brian Eno / Robert Fripp, sa tristesse est un plus, elle ose se rapprocher de la "mélancolie constructive" de Pearls Before Swine. Mais cet univers de références nenferme pas Kemialisset Ystävät pour autant, tant le musicien a le talent de faire jaillir de véritables chansons ce qui a le mérite dinsuffler de la poésie et de la légèreté à lintérieur du carcan souvent trop réaliste de la musique expérimentale rock de ces dernières années. Il a aussi la qualité de ramener une certaine originalité et inventivité à lintérieur dun songwriting européen paraissant moribond, en manque de créativité, étouffé dans la référence presque exclusive aux pontifes américains tels Will Oldham ou plus récemment Bright Eyes ou Pedro The Lion. Pour ceci on salue la forte personnalité du label Alice-In-Wonder qui sort la figure célébrée de Jan Anderzen dun univers musical auto-référentiel et qui scelle ici encore plus lunité de son catalogue inscrivant ce disque dans la continuité du très beau "Secret Affinities" de Chuzzlewit, lAméricain qui ne sorti justement ses disques que sur des labels européens. "Suurempi Pieni Palatsi" est un disque qui se laisse écouter en boucle ou qui, en tout cas, demande irrésistiblement à être écouté régulièrement, à sinstaller dans votre quotidien. Lénergie enfantine, le sentiment de durée et dappartenance combiné à une certaine modernité symbolisée par la présence de Sami Sänpäkkilä (Es) sont ses nombreuses qualités. On regrettera juste quil sagisse ici en partie dune réédition et quil nous faille attendre encore le premier album complet de Kemialliset Ystävät sur Fonal. On espère aussi que la personnalité du ménestrel Anderzen grandira et se singularisera (certains morceaux étant encore trop référentiels), parviendra à maintenir la distance nécessaire face à une certaine médiatisation (au risque de stagner et de lasser), afin de continuer à nourrir de quotidien la douceur et la fragilité spontanées de ses poignants hymnes folk. Adrien / Septembre 2002 [1] Ce groupe sortit à la moitié des années nonante au moins un magnifique disque de chanson à lintérieur du carcan expérimental sur le label Siltbreeze. >> site Alice In Wonder >> site Fonal >> site Broken Face |