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THE EX "Instant" |
Quand en 1993 jinterviewais Jos (alias G.W. Sok) et Terrie, respectivement chanteur et guitariste de The Ex, ceux-ci mannonçaient plutôt contents que lorsquun interlocuteur avait demandé au gourou sonique Steve Albini quel disque il emporterait sur une île déserte, celui-ci avait élu leur "Gonna Rob The Spermbank" (1983). En 1998, après un concert à Mechelen, la batteuse Katrin me racontait comment leur célèbre fan avait enregistré lalbum "Starters Alternators" dans sa tanière mythique, les studios Electrical Audio de Chicago. Dans le livret assez réussi de ce disque, chaque musicien est représenté par deux polaroïds: mordant à pleines dents dans un fruit ou un légume puis exhibant de vieux microphones aux étranges formes dobjets sonores non identifiés. Et le compte-rendu de Katrin évoquait en effet une sorte de troc, ou de transfert de compétences, touchant à ces végétaux et ces micros. Au grand plaisir de Steve Albini, le groupe amstellodamois était parti à Chicago accompagné de Yoke, leur "Empress of cookery". En échange, le leader de Shellac avait fait bénéficier The Ex de sa connaissance intime de son imposante collection de vieux micros. Katrin mexpliquait comment le temps de studio avait été géré radicalement différemment de leurs précédentes sessions denregistrement. Albini leur avait dabord demandé de jouer live les morceaux de lalbum, se collant les tympans sur les amplis avant de disparaître dans les étages du bâtiment pour revenir quelques minutes plus tard avec LE micro convenant à chaque instrument. Après ces méticuleux préliminaires, les morceaux avaient été enregistrés très rapidement, presque en direct sur les anciennes machines qui donnent leur nom à lElectrical Audio. Enfin, le mixage sétait lui aussi avéré plus rapide et moins ardu que celui de la dizaine de disques précédents du groupe. A larrivée, pour lauditeur, "Starters Alternators" convainquait par la cohésion totale du ton (rageur, révolté, généreux) et du son (mordant, angulaire, chaud). Il nest donc pas étonnant que, pour leur nouvel album studio "Dizzy Spells", un groupe comme The Ex, dont les concerts ont toujours constitué - plus que les disques le moment privilégié dune communication directe avec leur public, ait décidé de réitérer la collaboration avec un sorcier particulièrement disposé à capter ce flux dénergie et cette magie de linstant. Hormis quelques rares prises de voix un peu ternes, Albini excelle dans le rendu du grain à la fois chaud et abrasif des guitares et de la basse ainsi que dans la mise en évidence de la dynamique et des contrastes entre les moments daccalmie, de mise sous tension et dexplosion. Un tissage musical alliant souvent le groove et la fermeté, lesprit du funk et celui du punk. Le producteur respecte totalement la personnalité dun quintet dont les singulières constructions rythmo-mélodiques ont évidemment beaucoup plus à voir avec lintuition, le lyrisme et la pratique quavec la musicologie, le calcul et la théorie. Même si, en ces temps delectronica peu ou prou politique, lengagement électrique de The Ex les place hors de la doxa musicale de notre époque, les thèmes libertaires, humanistes et anticapitalistes développés par le groupe depuis plus de vingt ans nont jamais été autant extériorisés, de Seattle à Gènes, quau cours de ces derniers mois. Le message de la pochette assez laide, il faut bien le dire est limpide : il ne reste plus beaucoup dexotisme possible dans un monde de plus en plus uniformisé, McDonaldisé, Burgerkingisé, Waltdisneyisé ("Are we fucked, are we mice, are we ducks, are we mice, are we men, are we mean, are we living in the dream-machine" - Walts Dizzyland) Des guitares crépitantes de Fistful Of Feed (sur la médiatisation des famines et la commercialisation de laide humanitaire) à la lente et inexorable montée de la petite mélodie ronde de Little Atlas Heavyweight, la seconde moitié de lalbum nous emporte très haut. Philippe / octobre 2001 |