chronique DOMOTIC "BYE BYE" FR Album / 8 plages / 42 min (Active Suspension, 2002) |
Que l'ensemble des personnes renversées en 1998 par "Music Has The Right To Children", le superbe premier album de Boards of Canada et déçues par leur nouvel album sorti au printemps se réjouissent! Domotic est là! Et cest bien l'antidote! Pour notre plus grand bonheur, ce disque vient, telle une météorite qui senflamme en rentrant dans latmosphère, réinsuffler un peu de magie, de chaleur et de simplicité dans un monde de l'électronique où l'on croyait l'émotion glacée par un formatage cliché et froid, soit inspiré par l'Outre-Manche (ou la multiplication des clones d'Autechre) ou par l'inventivité cantonnée à l'expérimentation de type viennoise ou japonaise. Oui, ce disque de Domotic fait vite partie des meubles, il est hyper confortable mais également inventif et énergique. Il semble correspondre à une image, personnelle et positive, que jai gardé du tournant 1997-98; jy trouve la synthèse de deux disques, le disque cité plus haut et le "Come With Heaven" de Alpha, la gravité de la rythmique mutine et l'utilisation des samples du premier (comme sur Western Airlines, sample de grenouilles et très chouettes sifflotements), les claviers et les basses chaudes du second. Domotic a une personnalité bien à lui qui me fait penser à certains concerts de Köhn vers 2000, quand il utilisait essentiellement son synthé analogique (Cyclatron, Consilium_industri e.a.). Domotic fournit un produit bien fini - qui, au contraire de Köhn, ne laisse plus déceler de trace d'expérimentation dans le résultat -, intelligent, facile d'accès, cool et moderne... Une plaque qui va faire un tabac quoi! Bien plus, ce disque risque-t-il peut-être même de faire date, son utilisation passionnelle et intelligente des synthés le rattachant à une tradition plus large, celle de Brian Eno (Kimberli) et de Robert Wyatt . Ce disque fournit à votre intérieur beaucoup plus de chaleur humaine et de confort que la technologie domotique. Je soupçonne le bonhomme d'être un sympathisant du tonton Tati au même titre que Benjamin Franklin, les deux hommes ne pouvant que sentendre sur le morceau Isometric Unit Construction. "Bye Bye" semble remettre l'être humain à sa juste place face à lélectronique.Le décalage entre les titres des morceaux (déclinant froidement des noms dindustries de technologie de pointe) et les perles démotion spontanée que sont les morceaux ironisent une certaine modernité matérialiste qui se complait dans la recherche technologique effrénée pour un luxe au ridicule grandiloquent . Le sample inaugurant lalbum ne raconte-t-il pas l'histoire d'un enfant ridiculisé devant la classe par son professeur qui loblige de fixer l'image de lui-même que lui renvoie le miroir, objet de sa propre expérimentation scientifique? Adrien / juin 2002 |