chronique

daniel_johnston_rejected_unknown.jpg (17036 octets)


DANIEL JOHNSTON

"REJECTED UNKNOWN"

Austin (USA)

album / 15 titres / 59 min

(Pickled Egg)


> article Daniel JOHNSTON
    "La belle et la bête"

> exposition de dessins -
   bruxelles décembre 2001

 


On n’attendait plus grand chose de Daniel Johnston. Depuis la surprise qu’avait constitué son arrivée sur une major (Atlantic, avec l’album "Fun" en 1993), Daniel Johnston avait eu plus que son compte de déboires et était sorti plus ou moins anéanti par cette expérience. Après la sortie de "Fun", on n’avait eu que peu de nouvelles de lui, ou alors de mauvaises nouvelles : Daniel avait chassé son dévoué manager, Atlantic n’avait pas promotionné "Fun" et avait facturé un clip - jamais diffusé - à un Johnston un peu démuni…
Rentré, brisé, dans le ranch de ses parents (à Waller, au Texas), il a pourtant continué à travailler, de temps à autres, dans le garage familial transformé en home studio, sur un hypothétique album. Les spéculations allaient bon train pour déterminer qui l’aiderait dans son prochain effort pour Atlantic. On avait annoncé les (très attendus) Butthole Surfers, Sonic Youth ou encore Yo La Tengo. Il avait même été envisagé une collaboration avec Pearl Jam ! Heureusement, c’est avec l’aide de Brian Beattie (co-fondateur, avec Kathy McCarthy, de Glass Eye, groupe renommé d’Austin, au Texas) que le nouvel album a vu le jour. Le seul fruit de cette collaboration, jusqu’ici, était Casper : un bon morceau, sur un thème pourtant énormément utilisé, que l’on avait pu entendre sur la Bande Son du film "Kids". Ensuite, l’absence de (bonnes) nouvelles s’est conjuguée à la fin de la " lofi-mania " qui avait bizarrement touché tout le monde, quelques mois plus tôt : plus personne ne s’intéressait à Johnston.
Au printemps 1999, un single sortait sur un nouveau label anglais (Dream scream / Funeral girl sur Pickled Egg Records). On se reprenait à espérer : sur Funeral girl, un Johnston martial faisait se télescoper une ballade tragique, comme Nick Cave ne sait plus en faire, avec des montées de cuivres sous acide, jamais plus rencontrées depuis le Sergent Pepper’s lonely hearts club band des Beatles.
En mars 99, dans le "Austin Chronicle", on lisait qu’un nouvel album existait, qu’il était enregistré, prêt à sortir. Il restait à trouver une maison de disque décidée à se lancer dans l’aventure (les ennuis avec Atlantic font encore partie du présent). La sortie a été annoncée et repoussée, de semaine en semaine et de mois en mois, jusqu’à ce qu’une sortie locale, à Austin (avec un pressage de 2000 copies !), soit envisagée par New Improved Music : c’est dire si " Rejected Unknown " (littéralement " Rejeté Inconnu ") porte bien son nom. Le label Pickled egg devrait assurer une distribution plus classique en Europe.
Il faut dire que l’album vaut le détour, et ce, malgrè les quelques efforts à faire pour se le procurer pour le moment. "Rejected Unknown" offre des trouvailles sonores, par des orchestrations assez ambitieuses et un traitement du son singulier, et un élargissement de l’univers de Johnston : on retrouve les thèmes récurrents (Laurie, Captain America…) mais on en rencontre, également, de nouveaux (Devinare, Cathy Cline…). Pour une fois, même l’humour est au rendez-vous comme dans Billions/rock , un faux live, très convaincant, sensé être enregistré à l’Hyperdrome de Los Angeles, en 2961 (!) La voix de Daniel, entre l’enfant et le vieillard, est toujours là, immédiate, à confier dans votre oreille des fragments de vie, comme dans Devinare, retraçant ses tribulations de " worthless bum " avec Ron English, ou dans Girl of my dreams, toujours plus douloureux, avec ses notes d’accordéon inattendues. Les musiciens qui l’accompagnent (des membres de The nortons et de The rythm rats) sont à pied d’œuvre et Daniel Johnston n’a jamais été aussi proche des Beatles, ses pères spirituels (il prétend être le fils de Lennon et le frère de McCartney), que ce soit sur la forme (la luxuriance et la diversité des couleurs sonores) comme sur le fond (un univers en perpétuel expansion et auto-citation). Une des meilleures réussites, de ce point de vue, est Favourite darling girl, qui pourrait être du (très bon) McCartney. On a même droit à un retour de Johnston à la batterie, sur Some time spent in heaven, où il fait la preuve qu’il n’a pas perdu la main (lourde) depuis "It’s Spooky", son album avec Jad Fair. Pour ne rien gâter, la pochette de "Rejected Unknown", qui se déplie dans tous les sens et n’en finit pas de dévoiler ses recoins, fourmille de très beaux dessins. La sortie, en France, est prévue pour juin 2000.
Il existe l’équivalent de deux ou trois albums de Johnston, quasiment prêts, dont de nouveaux enregistrements avec Jad Fair. Un livre devrait voir le jour, sous peu. Il s’appelle "Hi ! How are you : The definitive Daniel Johnston handbook". Il se compose d’une partie biographique et d’une partie plus analytique, mettant en perspective son parcours, ses chansons et dessins. Il comporte plus de 250 photos et reproductions de dessins. En attendant, on peut consulter le site http://members.aol.com/yipeye pour voir quelques dessins. Depuis le début de l’année 2000, Daniel Johnston se produit en concert, en groupe, sous le nom de Danny and The Nightmares ! Quel programme ! ! Jusqu’à la suite de l’histoire… Hope !


Lionel / mars 2000