chronique![]()
"s/t" Köln / Allemagne album / 9 titres / 43 min (Sonig / 2000)
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Lalbum de C-Schulz & Hajsch est sorti à la fin de lan 2000. Dans un sens, il est à la fois trop ancien et pas assez pour quon en parle ici. Alors pourquoi lui consacrer une chronique ? Parce que cet album marginal, paru dans la discrétion, reste trop peu connu, alors quil est peut-être la meilleure sortie de Sonig à ce jour. Parce que ce disque, dont une écoute rapide pourrait identifier certaines sonorités à de lambient, dit sur la musique électronique deux ou trois choses intéressantes. La confondante banalité de bon nombre de productions actuelles du genre, les gimmicks déjà éculés dun nouvel establishment musical, contribuent sans doute à renforcer sa dimension dissidente. Ce disque est (et reste) une chose un peu incongrue, par la façon anti-consensuelle dont il mêle les sonorités boîteuses (celles dinstruments comme lorgue électrique, lharmonium ou laccordéon; celles denregistrements de bruits divers, de craquements, de grincements) à des interventions électroniques plutôt discrètes, les sons dune pureté cristalline à des souillures ou des accidents techniques (un souffle imposant balaie plusieurs plages), les lignes fines à de petites taches. Il frappe par la double impression quil donne, à la fois dune grande liberté dimprovisation et dune maîtrise absolue dans la composition, dun détachement quant au matériau et dune émotion renversante. Un plaisir évident, un esprit ludique a présidé à lagencement des morceaux. On peine un peu à trouver des points de comparaison. On pense parfois à Pauline Oliveros, à Gastr del Sol période "Upgrade & Afterlife", à Luc Ferrari ; et souvent on se demande si tout ceci a encore quelque rapport avec lélectronique, ou du moins avec sa pratique la plus courante aujourdhui. Carsten Schulz et Hans-Juergen Schunk deux vétérans de la scène de Cologne dont cest la première collaboration [1] ont travaillé des années sur ce disque et cela sentend ; il contient beaucoup de vraies idées musicales, exposées avec simplicité. Car lalbum de C-Schulz & Hajsch est tout sauf de la tapisserie. Lavait-on oublié ? Derrière le papier peint, il y a le mur ; à côté des tapisseurs, on trouve ceux qui travaillent, certes les surfaces, mais aussi les reliefs et surtout les fissures. Il se dégage de ce disque une forte intensité dramatique, un lyrisme aussi vibrant quoique sous une forme radicalement différente que sur "Endless Summer" de Fennesz. Et ce sentiment est rare. Xavier / janvier 2002 |