chronique
"THE
HIGHWAY IS JAMMED WITH BROKEN HEROES" |
A consommer avec modération. Quand le "sujet occidental" que je suis se retrouve face à lui-même au plus profond, cela peut être sous deux formes différentes. Une première, insupportable :1.No Future, celle de labsence, est un vide (le vide), où tout son ne prend de sens que par rapport au Silence. Cependant, cest ce même vide qui glorifie la recherche éternellement humaine de la vérité. La musique est ici absente, elle se réduit à quelques tâtonnements dans le silence, elle est inécoutable parce quinavouable, elle est aussi un touchant pied de nez envers la dictature de la performance. La seconde, 2.No Fun est pleine. Elle se rapproche plus des cérémonies initiatiques, ces espaces de communi(cati)on avec lautre, où par la force dun état affectif com! mun, toute référence au temps et à lespace se voient abolis ou plutôt mieux, suspendus, où au-delà de la foule ce sont les solitudes qui se rejoignent dans une expérience commune, où le corps ne doit plus suivre la tête, mais où la musique est intégralement incorporée et où sa moindre variation est un instant de joie intense. Ce moment implique également une forme de rupture, une fracture, lieu duquel le sujet ne sort pas indemne mais transformé, fortifié. Cet espace-temps a défini la filiation de sa solitude à celle des autres, et la relation quil entretient avec eux ne peut maintenant plus être parente de la domination, du pouvoir. Plus rien nest pareil, quand tout paraît consumé, la fracture donne naissance à "quelque chose! qui reste, qui est partout et à la fois si intimement soi" . Et la musique humaine est en cela plus quun produit de consommation. Son pouvoir guérisseur est la métaphore parfaite de la force de lamour. Vous ne réécouterez plus jamais le premier morceau de ce disque de Azusa Plane, qui sera le dernier, avec autant de difficulté: "The Highway is Jammed with Broken Heroes". Sublime. Adrien / mars 2001 |