chronique

ATV1.jpg (24137 octets)
ALTERNATIVE TV
"SELECTED VIEWINGS /
SPLITTING IN TWO"
UK

Album compilatif / 13 morceaux
(Anagram, 1989)



>> site Anagram
>> site Mark Perry


Créé autour du leader-guitariste Mark Perry, Alternative TV est passé à la postérité comme le groupe du rédacteur en chef de "Sniffin' Glue", tout premier fanzine punk apparu en Angleterre. A l'heure des tatonnements dans l’univers musical, il est important de reconsidérer ce groupe, pionnier de la veine anarchique, la plus expérimentale du punk. Dès le début Perry entend bien s'affirmer au delà des règles qui cloisonnent le mouvement en mariant son engouement pour la révolution musicale et son adulation pour les groupes qui l'ont irréversiblement marqué, comme Frank Zappa et Can. Son ouverture d'esprit lui est reprochée à l'époque et relègue le groupe à un statut en marge du mouvement, le fanzine – qui, très vite, tire à… quinze mille exemplaires! - volant la vedette à une musique rapidement considérée comme peu intègre, trop étrange, aux textes sur-écrits.
Aujourd'hui, le punk ayant derrière lui une histoire avec autant d’embranchements que la traditionnelle surabondance d’arbres qui empêchent de voir la forêt, c'est le côté intemporel qui séduit chez Alternative TV. C'est ce qu'avaient probablement déjà pressentis John Cale (Velvet Underground) ou Genesis P Orridge (Throbbing Gristtle)
[1], qui l'un et l'autre signèrent la production des deux premiers opus du groupe. Le disque ici chroniqué, paru en 1989, réunit des morceaux parus entre 1977 et 1980. Les hymnes punks comme Action Time and Vision, You Bastard, How Much Longer? (au texte scandé "You don't know nothing and you don't really care") ou Love Lies Limp plus reggae-rocksteady, fournissent toujours l’occasion au sautillement et à la bonne humeur, leur spontanéité renvoyant au vestiaire leur manque d’originalité. En effet, certains morceaux comme Life paraissent dater d'une époque révolue. A l’inverse, la fraîcheur qui se dégage de chansons comme Another Coke, Nasty Little Lonely, Still Life, Facing Up To The Facts ou The Force Is Blind est bouleversante et démontre l'inventivité quasi visionnaire du groupe. Les deux premiers semblent être tout droit sortis du répertoire d'un Rage Against The Machine à l'état brut, quinze ans plus tôt, sans la pose et les artifices, avec la guitare rythmique plus sèche et émotive. Les trois autres morceaux cités préfigurent le hardcore et le post-hardcore. On y retrouve toute une énergie d'adolescent, l'intelligence en plus. Facing Up To The Facts est un morceau étonnamment minimaliste, actuel et d'une charge métaphorique poignante. Le dépouillement des arrangements, la basse lente et les quelques accords de piano, confèrent au texte chanté discrètement ("I kissed her on the station...watching the crucifix...she had handed me...we finally parted...we wanted each other, but she was tied up") un sens universel. Punks don’t cry.

Adrien / janvier 2002

[1] Au début des années quatre-vingt, ce dernier enlèvera Alex Fergusson, le guitariste du groupe, pour fonder Psychic TV.

>> site Anagram
>> site Mark Perry
>> très bonne interview de Mark Perry sur le très bon webzine Perfect Sound Forever